‹ Histoire de la RestaurationChapitre 315 sur 325 · LETTRE DE NAPOLEON AU GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 6.Ï · texte numérisé non relu

LETTRE DE NAPOLEON AU GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 6.Ï

répétait-il, toujours dupe. Tenez-vous prêt, tout votants du 21 janvier que nous soyons, vous et moi, à être encore une fois fructidorisé comme royaliste. Et lui, que veut-il? Quoi! après avoir perdu la partie sur un meilleur terrain, et quitté le jeu très-vite, ma foi! revenir ainsi? Cela n’a pas de raison, ni de part ni d’autre. Nous n’avons rien à faire qu’à refuser et à nous mettre en garde. Si la demande de Napoléon est sérieuse, il n’attend pas notre réponse, et il a lui-même sans doute lilé , aussitôt le départ du général , pour courir au camp vers Paris, où il est maintenant à haranguer les troupes. »

Le général Becker se rendit caution de la loyauté de l’Empereur, à laquelle il avait besoin de croire et de faire croire pour justifier sa démarche. 11 affirma que Napoléon attendait à la Malmaison la réponse du gouvernement provisoire. Ce fut Fouché qui motiva et dicta cette réponse. Son sang-froid lui était revenu. 11 exposa avec un implacable bon sens l’évidente impossibilité d’acquiescer à la demande de l’Empereur. Ce serait envelopper Paris, l’armée et la France dans sa ruine, briser toutes les négociations entamées , et se placer comme lui hors des relations européennes , en livrant le pays aux éventualités d’une guerre sans quartier, avec toutes les chances d’une défaite. Napoléon viendrait-il par impossible à triompher; au lieu d’être victime de sa défaite, on serait victime de sa victoire. Pouvait-on douter qu’au premier succès il voudrait remonter sur le trône? Malheur alors à ceux qui l’eu auraient fait descendre, et malheur aussi à ceux qui l’y auraient rappelé ! Carnot lui- même, revenu d’un premier éblouissement , se déclara convaincu ; il promit d’appuyer par son intervention personnelle la réponse collective du gouvernement provisoire, que le général Becker fut chargé déporter en toute hâte à la Malmaison : « Les devoirs de la commission envers la patrie, disaient les cinq membres, ne leur permettaient

LES CENTS- JOl'RS.

pas d'accepter la proposition et le concours actuel des efforts de l’empereur Napoléon. »

Becker, à son arrivée à la Malma. on, trouva les chevaux de l’Empereur sellés et lui-même prêt à se rendre au camp. Cependant, après avoir lu la lettre de la commission exécutive, Napoléon ne rersista pas dans son dessein, et se contenta de din i vec une expression d’amertume et de dédain : « J’en étais sùr; ces gens-là sont incapables d’énergie. Puisqu’il en est ainsi, partons pour l’exil. » Puis aussitôt il envoya M. de Flahaut à Paris pour arrêter, de concert avec le gouvernement provisoire , les mesures de précaution nécessaires à son embarquement.

C’est ici que se place la scène racontée par les historiens d’après les récits de M. de Flahaut recueillis par M. Fleury de Chaboulon . mais contestée par tous ceux qui ont connu le maréchal prince d’Eckmtthl, la dignité de son caractère et l’élévation de ses sentiments. Le maréchal pouvait être fatigué, excédé comme les amis mêmes de Napoléon, des tergiversations de sa volonté et des délai systématiques qu’il opposait aux propositions d’un départ nécessaire; mais de l’expression de cette lassitude aux paroles violentes qui lui sont attribuées : « Dites-lui que s’il ne part à l'instant je le ferai arrêter, que je l’arrêterai moi-même, x> il y a loin. Il faut se défier en histoire des paroles qui n’ont été entendues que par un seul témoin, et par un témoin hostile à celui qu’on accuse de les avoir prononcées. Ce qui reste incontestable, c’est qu’il y eut entre le prince d’F.ckmühl et le jeune aide de camp, accueilli sévèrement par le maréchal, peu favorable à ceux qui faisaient leur chemin par la cour et par les boudoirs, une scène très-vive. M. de Flahaut élevant la voix et ne ménageant rien, le maréchal, caractère de vigueur et de commandement, menaça avec hauteur d’envoyer à l’instant devant un conseil de guerre le subalterne insolent qui oubliait les règles de la hiérarchie et de la discipline , et

Page 1