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NAPOLÉON HÉSITE ENCORE A PARTIR

M. de Fluhaut alla raconter cette scène à la Malmaison, en lui donnant le caractère d’une menace personnelle contre l’Empereur.

Napoléon, on ne peut se le dissimuler, après avoir perdu l’Empire, finissait, en s’attachant avec une étreinte désespérée à l’ombre de cet Empire perdu, par perdre le dernier bien qui reste aux grandeurs tombées, le respect. Le prince d’Eckmühl, son ancien lieutenant, tout récemment encore son ministre, ne pouvait s’empêcher, dans son inexorable bon sens, de le considérer comme un obstacle importun opiniâtrément placé sur le chemin du seul but auquel on put raisonnablement viser, la préservation de Paris, le salut des débris de l’armée et, quelque chose de plus, le salut du pays, par la conclusion d’une paix nécessaire entre l’Europe et la France. Les retours passionnés de Napoléon vers le pouvoir rendaier* cette tâche plus difficile en alarmant lesétrangers, qui, à chaque nouvelle saillie, se montraient plus défiants et plus exigeants. L’agitation de ses pensées continuait cependant h s’épancher en vaines paroles devant le général Becker, devant Carnot, qui était venu, selon sa promesse, pour hâter sa résolution, devant Maret, le plus intime et le plus respectueux de ses confidents. Il disait au premier : « Ces gens sont aveuglés par l’envie de jouir du pouvoir et de continuer à faire les souverains; ils sentent que s’ils me replaçaient à la tète de l’armée ils ne seraient plus que mon ombre, et ils me sacrifient, moi et la patrie, à leur orgueil, à leur vanité. Ils perdent tout. » Puis , après quelques moments de silence , il reprit : « Pourquoi les laisserais-je régner? J’ai abdiqué pour sauver la France et le trône de mon fils. Si ce trône doit être perdu, j’aime mieux le perdre sur un champ de bataille qu’ici. Je n’ai rien de mieux à faire pour vous tous , pour mon fils et pour moi , que de me jeter dans les bras de mes soldats. Mon apparition électrisera l’armée, elle foudroiera les étrangers. » Avec Carnot , qui lui

LES CENT-JOURS

développait longuement les motifs de la commission pour refuser son olfre, Napoléon cherchait à faire vibrer les cordes du patriotisme. Il lui montrait les coalisés se hâtant de traiter dès qu’ils verraient Napoléon reparaître et prêt à leur marcher sur le corps ou à se faire tuer, et, connaissant ses mortelles répugnances pour les Bourbons, il ajoutait avec la clairvoyance de la haine: «Si, pendant que les ennemis cernent Paris, vous me laissez ici ronger mon épée, iis se moqueront de vous , et vous serez contraints de recevoir Louis XVI II chapeau bas. »

C’est ainsi que Napoléon parlait à tous, sans convaincre personne, sans se convaincre lui-môme, car son activité stérile s’épanchait et s’épuisait en paroles. Lassé de ce discours éternel qui concluait toujours à l’action, sans aboutir jamais, Marel lui-même, le tidèle et respectueux Maret, finit par répondre à ces projets de combat , à ces espérances de victoire que la crédulité du dévouement elle-même ne pouvait plus accueillir : « Je crois tout. Sire , mais la Chambre se déclarera contre vous ; peut-être même elle osera vous mettre hors la loi. D’un autre côté, si la fortune ne favorisait pas vos efforts , que deviendrait la France, que deviendrait Votre Majesté? L’ennemi serait autorisé à abuser de sa victoire, et Votre Majesté aurait peut-être à se reprocher d’avoir causé à jamais la perte de la France. » Devant ces paroles, les velléités d’action de l’Empereur s’arrêtèrent encore une fois, et il se contenta de s’écrier « que la vérité finirait par se faire jour, et que, pour lui, il attendrait avec confiance la voix du peuple , des soldats et des deux Chambres. »

La journée du 28 juin s’était écoulée dans ces intermittences de colère et d’abattement. Tout retard exposait l'Empereur au péril imminent d’être enlevé par des partis de l’armée prussienne, dont le canon, de plus eu plus proche, retentissait à la hauteur des villages qui avoisinent Paris. 11 se décida enfin à partir. « Je m’ennuie de moi , de Paris et de la

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