‹ Histoire de la RestaurationChapitre 319 sur 325 · NAPOLÉON A ROCHEFORT : DERNIÈRES HESITATIONS · texte numérisé non relu

NAPOLÉON A ROCHEFORT : DERNIÈRES HESITATIONS

devez permettre aucune communication avec la côte, et sur votre responsabilité, vous garderez l’affaire dans un profond secret jusqu’à ce que vous receviez des ordres ultérieurs de leurs seigneuries. »

Le jour même du départ de l’Empereur pour Rochefort, le gouvernement provisoire annonça aux Chambres, par un message, que l’approche des coalisés l’avait décidé à faire éloigner l’empereur Napoléon. Far contre-coup, les coalisés se trouvaient avertis du jour, presque de l’heure du départ de cette grande proie , que leurs vaisseaux , rangés sur deux lignes , épiaient en surveillant toute notre côte de l’Ouest. L’Empereur lui-même, par sa lenteur et son peu de souci de se cacher, semblait se rendre volontairement complice des projets du chef du gouvernement provisoire. Il voulut passer la nuit du 29 au 30 juin au château de Rambouillet, et, de là, il adressa des ordres à l’administrateur du mobilier de la couronne pour l’envoi de bagages, d’effets précieux, de livres qu’il prescrivit de faire diriger sur Rochefort. Quand il traversait une localité où il était bien reçu, il ne manquait jamais de recommander au général Becker d’écrire au gouvernement provisoire qu’il s’était trompé sur les dispositions de l’opinion , et d’ajouter que l’Empereur était toujours prêt à servir la France comme soldat.

La lassitude et l’impatience qui des adversaires de Napoléon Unirent par passer à ses serviteurs atteignent ici le lecteur et l'historien lui-même , obligé de varier les formes de langage pour raconter la stérile monotonie de ces offres, toujours renouvelées pour être toujours repoussées. Le 4 juillet, l'Empereur arriva à Rochefort. La ville était occupée par des troupes françaises qui le reçurent silencieusement, sans proférer aucun cri de vive l’ Empereur ; en vue de la rade, on apercevait les navires anglais qui formaient le blocus : il était prisonnier. Pendant quatre jours, il attendit; occupé presque exclusive-

LES CENT-JOURS

mu ut des événements qui se passaient à Paris, il suivait les récits confus des journaux, dont il essayait de tirer des inductions favorables à sa cause, et le pronostic de quelque incident inespéré qui le ramènerait sur la scène. Le 8 juillet, fatigué de cette vaine attente, il s’embarqua sur la Saale , et escorté de la Méduse, il alla, malgré le vent contraire, visiter l’ile d’Aix, située dans les eaux de Rochefort et eu deçà de la station anglaise. 11 avait avec lui le duc de Rovigo, le général Lallemand, le colonel Gourgaud, M. de Las-Cases et son surveillant de la Malmaison, le général Becker. 11 y passa la nuit. Le lendemain, le vent était devenu favorable, mais la croisière anglaise semblait garder les deux frégates à vue. Il voulut le soir essayer de rentrer à Rochefort, en s’embarquant dans un canot pour être moins remarqué. Le littoral lui sembla gardé, et il revint à Pile d’Aix. L’Empereur était donc bloqué dans cette île, sans issue vers le continent, sans issue vers la mer. Les événements se précipitaient au déuoüment. Restaient les tentatives d’évasions clandestines. Mais l’Empereur eut des objections contre tous les expédients qu’on lui proposa. Il craignait d’exposer la majesté impériale aux humiliations d’un déguisement, et quand de jeunes aspirants de marine vinrent, avec le dévouement et la généreuse témérité de leur âge, lui proposer de s’embarquer avec eux sur un chasse-marée, que ces braves jeunes gens s’étaient exercés à manœuvrer à la rame pour conduire Napoléon en Amérique, il refusa à cause de la nécessité de se ravitailler sur la côte d’Espagne ou du Portugal, ce qui l’exposait à tomber dans les mains d’une puissance ennemie. Il aurait fallu trouver une aventure qui n’ aventurât rien, ce qui était impossible. Un vint encore proposer à Napoléon de s’embarquer sur un navire américain en partance à l'embouchure de la Gironde. Le capitaine était plein d’ardeur et de courage, et il mettrait dans cette entreprise un zèle à toute épreuve et un dévouement aiguisé par la

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