‹ Histoire de la RestaurationChapitre 321 sur 325 · NAPOLÉON .V BORD DO BKLLÉROPHON · texte numérisé non relu

NAPOLÉON .V BORD DO BKLLÉROPHON

ce caractère. Le capitaine Maitland s’étant avancé vers lui pour l’introduire sur le gaillard d’arrière, l’Empereur lui dit d’une voix haute : « Je viens me placer sous la protection de votre prince et de vos lois. » Le lendemain, 16 juillet, le Bellérophon mettait à la voile pour l’Angleterre. Ce n’était point ainsi que onze ans plus tôt, en 1804, Napoléon, alors au camp de Boulogne et dans la période la plus glorieuse de sa carrière, espérait aborder cette terre ennemie! La traversée fut lente. Comme il arrive lorsqu’après de longues perplexités on a pris une grande résolution, l’Empereur était calme, affable même. Debout une grande partie de la journée sur le tillac, il s’entretenait longuement avec le capitaine Maitland, et lui parlait de la marine anglaise, dont il appréciait l'habileté; des troupes anglaises, dont il louait la solidité, comme un juge impartial des choses de la guerre; enfin, de l’Impératrice et de son fils. Le 23 juillet, il devint triste et silencieux. On longeait la côte de Bretagne, à la hauteur de Elle d’Ushant: tant que le littoral fut à portée de la vue, il n’en détacha pas les yeux. La terre de France est une de celles que l’on ne quitte point sans un déchirement de cœur, surtout quand il s’agit d’un dernier adieu. Le 24 juillet, le Bellérophon, à la chute du jour, jetait l’ancre à Torbay. L’Empereur s’écria à la vue de la côte et du paysage : « Cela me rappelle Porto-Ferrajo, dans Elle d’Elbe. » Un ordre de l’amiral Keith, arrivé à Torbay, et bientôt confirmé par des ordres venus de l’amirauté, interdisait toute communication avec la terre, et prescrivait de n’admettre à bord du navire qui que ce fut, excepté les officiers du vaisseau et les hommes de l’équipage. Un autre ordre prescrivit, le 26 juillet, de diriger le Bellérophon sur Plymouth. L’Empereur demanda en vain à descendre à terre; cette autorisation lui fut refusée. Le rivage était couvert d’une multitude innombrable, avide de voir ce spectacle extraordinaire. La mer disparaissait sous les embarcations, que les chaloupes armées, veillant tout

LES CENT-JOIRS.

autour du Bellérophon, comme de vigilantes sentinelles, n*‘ pouvaient, malgré tous leurs efforts, empêcher de franchir la distance de la longueur d’un câble, qu’il était interdit do dépasser. Des coups de feu furent même tirés des sabords pour éloigner ces visiteurs acharnés. Napoléon, ayant un instant paru sur le tillae, fut salué d’une immense acclamation. Il s’inclina, étonné, disait-il, de cet intérêt, facile cependant à comprendre : l’Angleterre saluait sa propre gloire en voyant un de ses vaisseaux apporter sous pa\illon anglais, sur ses eûtes, ce grand ennemi qui avait songé à les envahir.

La réponse du prince régent à la lettre de Napoléon n’arrivait point; elle ne devait pas arriver. Le colonel Gourgaud, débarqué en Angleterre, n’avait pas été admis à remettre au régent le message écrit dont il était porteur, ni, par conséquent, à s’acquitter des communications verbales qu’il devait lui faire. Il y avait sur le sort de Napoléon un parti pris en commun entre les grandes puissances et l’Angleterre. Ou le traitait comme un ennemi redoutable et redouté, qu’on ne voulait plus avoir à combattre; on se croyait suffisamment autorisé, par son retour de l’ile d’Elbe, suivi d’une guerre qui avait coûté tant de sang à l’Europe, à le placer dans une région lointaine, d’où l’évasion et le retour seraient à peu près impossibles. Les journaux anglais apportés sur le Bellérophon annonçaient déjà l’intention du gouvernement britannique de transporter Napoléon à Sainte-Hélène. Cette résolution n’avait rien d’imprévu. Dès le mois de décembre 1814, elle avait été agitée entre les membres du congrès, et le bruit, qui en avait été porté jusqu’à l’Ile d’Elbe, avait précipité l’entreprise de Napoléon.

Le 31 juillet, un des sous-secrétaires d’État, sir Henry Bunbury, porteur de l’ordre définitif du gouvernement britannique, se rendit à bord du Bellérophon avec l’amiral Keith et M. Meike, secrétaire de ce dernier. 11 lut en français à l’Em-

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