‹ Histoire de la RestaurationChapitre 35 sur 325 · CONSPIRATION DES FRÈRES LALLEMAND · texte numérisé non relu

CONSPIRATION DES FRÈRES LALLEMAND

détruire une sécurité chèrement achetée et récemment établie. On verra bientôt qu’on ne parla point dans le congrès de Vienne un langage plus modéré que dans les conseils de Louis XVIII. Napoléon, sorti de l’ile d’Elbe et venant rallumer la guerre après une paix de dix mois, apparaissait à tous comme un ennemi public, comme un perturbateur du repos du monde. En outre, le gouvernement royal, qui ne pouvait s’expliquer sa tentative que par l’existence d’une vaste conspiration, cherchait à effrayer ceux qui y trempaient.

Il existait plus d’une conspiration, comme on l’a dit, et si cette circonstance ne faisait pas tout le succès de Napoléon, dû en grande partie à son ascendant personnel sur l’armée, elle l’avait du moins préparé. Les esprits des officiers et des soldats, travaillés par ces inlluences hostiles à la maison de Bourbon, cédaient plus facilement à l’entraînement qui les portait vers leur ancien général. Ainsi, l’Empereur bénéliciait de ces conspirations mômes qui n’avaient pas pour objet son retour. Fouché, dont la main pleine de dextérité touchait à toutes les trames sans s’engager d’une manière décisive dans aucune, et qui songeait beaucoup plus à se servir du nom de Napoléon qu’à le servir lui-même, donna dans ce moment l’impulsion à un mouvement dont la répression facile contribua peut-être à faire illusion au gouvernement royal sur sa force réelle.

Le duc d’Otrante avait appris dans l’après-midi du 5 mars, chez la princesse de Vaudemont, le débarquement de Bonaparte à Cannes. Il se hâta d’avertir le général Lallemand, non pas de l’arrivée de l’Empereur, mais de la prétendue découverte du complot mi-impérialiste, mi-révolutionnaire, tramé pour forcer la main à Louis XVI II à l’ouverture des Chambres,

d'un caractère irascible et trop habitué à voir les choses du mauvais cfité : — Quelle extravagance! Quoil débarquer sans troupes! Il sera pris; il ne fera pas deux lieues en France! Il est perdu! Mais c'est iuqiossiblc ! • [Mémoires de Lu Vnlclle , lome II, page 14t.)

HETOl’R de l’ilk d’elüe.

et auquel le général Lallemand avait promis, comme plusieurs autres chefs militaires, le concours des troupes placées sous ses ordres. « Les mesures les plus rigoureuses, ajouta-t-il, allaient être prises ; il n’v avait pas un moment à perdre pour les prévenir, en avançant le mouvement et en se dirigeant h marches forcées sur Paris, afin de s’emparer de lu personne du lloi. » Le général Lallemand partit de Paris le 6 mars, arriva le 8 à Lille, et se mit en communication avec le général Drouet d’Erlon qui y commandait; celui-ci lit monter immédiatement ses grenadiers à cheval. Le général Lefebvre-Dcsnoueltes, parti de Lille, courut à Cambrai, y arriva le 9 mars au matin, et, se mettant à la tête des chasseurs royaux, se dirigea immédiatement vers La Fère. Pendant ce temps, le général Lallemand avait pris la route de Soissons, alin de diriger vers le même point les dragons cantonnés dans le département de l’Aisne et placés sous ses ordres personnels. Toutes ces troupes filèrent silencieusement vers le point convenu. Le premier avis sur ce mouvement de troupes vint à Louis XVIII parle duc d’Orléans. Dans une explication qu’il eut avec le Roi, celui-ci se plaignit de retrouver le nom du prince dans la bouche de tous les mécontents ; le duc d’Orléans répondit qu’on le mêlait sans sa participation à toutes les trames, et pour prouver sa bonne foi il ajouta qu’on préparait en ce moment un soulèvement militaire à la tète duquel se trouverait le général Drouet d’Erlon. Ce peu de mots donna l’éveil; presque aussitôt des avis plus positifs arrivèrent; on sut qu’un mouvement de troupes s’exécutait dans les départements du Nord, sans qu’aucun ordre fût parti du ministère de la guerre. Aussitôt le Roi envoya en toute hâte le maréchal Mortier dans la direction du département du Nord, pour faire rétrograder cette cavalerie vers ses quartiers. Le maréchal atteignit les grenadiers à cheval à peu de distance de Lille, et les décida facilement à regagner leur garnison ; les colonels n’étaient point dans le

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