CONSPIRATION' DES FRÈRES LAI, I, EM AND
secret, ils croyaient obéir à un ordre venu de Paris. Les chasseurs à cheval, conduits par les généraux Lefèvre-Desnouettes et Lallemand, et partis de Cambrai et de Noyon, devaient, d’après le plan concerté par les conjurés, se rendre à la Fère, s’emparer du parc d’artillerie, entraîner le régiment d’artillerie, dont on aurait donné le commandement au frère du général Lallemand, général de cette arme, se réunir à Noyon au général d’Erlon avec toutes les troupes des garnisons du Nord qu’il y aurait amenées, et de là marcher sur Paris. Le 9 mars au soir, les chasseurs se présentèrent devant la ville de la Fère avec une feuille de route du commandant de Lille et y passèrent la nuit. Le lendemain, 10 mars, les généraux Desnoucltes et Lallemand se rendirent auprès du général d’Aboville pour lui demander de leur livrer son artillerie. Mais ils trouvèrent les portes de l’arsenal gardées avec du canon; le reste de la garnison était formé en bataille sur l’esplanade ; les armes étaient chargées et les canons en batterie. Le général d’Aboville refusa formellement d’obtempérer à l’invitation des deux généraux. Ils firent en vain pousser le cri de vive F Empereur par une partie de leurs soldats, les artilleurs répondirent par les cris de vive le Roi '. Le coup était manqué. Les généraux Lallemand et Desnouettes firent sortir avec précipitation leurs troupes de la ville de la Fère et se dirigèrent sur Noyqn. Arrivés dans cette ville, ils ne trouvèrent ni le général d’Erlou, ni les troupes qu’il devait y amener. Alors le découragement commença à gagner les chefs de l’entreprise, et les soldats firent entendre des murmures. Les officiers, qui pour la plupart n’étaient pas dans le secret, demandèrent tout haut où on les conduisait. Le général Desnouettes leur avait dit plusieurs fois qu’il se trouverait à Noyon douze ou quinze mille
I. Lettre écrite par le général -major baron (le lion* et inaérée au Moniteur •lu I i mars i 8 1 5.
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hetoik de l’ile d’elbe.
hommes de toutes armes, et que de là on marcherait sur Paris. On arrivait à Noyon cl l’on ne trouvait personne. Pour couper court aux soupçons et aux murmures, le général Lefèvre- Desnouettes lit sonner le boute-selle et se rendit à Compiègne à la tète de deux escadrons. Là il somma M. Talhouet, colonel du G*- régiment de chasseurs, do joindre ses troupes aux siennes. Celui-ci fit monter son régiment à cheval, et, vigoureusement secondé par le major Laine, il le ramena intact au Bourget, après avoir repoussé les propositions des deux généraux. Les officiers, de plus en plus inquiets, adressèrent à ceux-ci de vives interpellations sur le but de cette marche inexplicable. Les généraux Lefèvre-Desnouettes et Lallemand ne purent faire que des réponses évasives, et finirent par leur proposer de se jeter en partisans du côté de Lyon. Alors les officiers, jugeant qu’ils étaient engagés dans une mauvaise affaire, leur signifièrent qu’ils n’iraient pas plus loin. Le général-major Lions, qui avait été le promoteur le plus énergique de cette résistance, prit le commandement du corps et le fit rétrograder vers Cambrai, après avoir tenu un conseil d'officiers où il fut décidé qu’on enverrait uue adresse et une députation au Roi pour lui renouveler le serment de fidélité du corps. Les frères Lallemand et Lefèvre-Desnouettes n’eurent (pie le temps de s’enfuir; mais les deux premiers furent bientôt arrêtés, et l’on convoqua un conseil de guerre pour les juger.
Ainsi échoua cette tentative, dont les véritables mobiles ne furent pas connus à cette époque. Le gouvernement royal y vit une ramification du complot du retour de l’ile d’Elbe, dont il croyait retrouver partout la trace depuis que chaque nouvelle télégraphique annonçait un nouveau progrès de Napoléon ; et il est difficile encore, quarante-cinq ans passés après l’événement, d évaluer d’une manière exacte la proportion dans laquelle l’élément bonapartiste entra dans ce mouvement. 11 est vraisemblable que les généraux conspiraient