ADRESSES ET PROCLAMATIONS
cadre, fait naître quelque surprise, mais qui, lorsqu'on la juge à la lumière de la situation générale, n’apparaît plus que comme l’expression du même sentiment, et de cette nécessité commune éprouvée par les anciens lieutenants de l’Empereur, de donner des gages au gouvernement royal et à l’opinion royaliste encore plus exigeante que lui, au moment où lu lutte s’engageait entre le gouvernement et Napoléon, leur ancien Empereur, revenu de l’île d’Elbe. Cet ordre du jour était ainsi conçu :
• Soldats! cet homme qui naguère abdiqua aux yeux de toute l’Europe un pouvoir dont il avait fait un si fatal usage, Bonaparte est descendu sur le sol français qu’il ne devait plus revoir.
■ Que veut-il? La guerre civile. Que cherche-t-il? Des traîtres. Où les trouverait-il? Serait-ce parmi ces soldats qu’il a trompés et sacrifiés tant de fois, en égarant leur bravoure? Serait-ce au sein de ces familles que son nom seul remplit d’effroi?
• Bonaparte uou3 méprise assez pour croire que nous pouvons abandonner un souverain légitime et bien aimé pour partager le sort d'un homme qui n’est plus qu’un aventurier. 11 le croit, l'insensé, et ce dernier acte achève de le faire connaître.
« Soldats , l'armée française est la plus brave armée de l’Europe, elle sera aussi la plus fidèle.
« Rallions-nous autour de la bannière des lis, à la voix de ce père du peuple, de ce digne héritier des vertus du grand Henri. Il vous a tracé lui-mème les devoirs que yous avez, à remplir. 11 met à votre tète ce prince, modèle des chevaliers français, dont l’heureux retour dans notre patrie a déjà chassé l’usurpation, et qui aujourd’hui va, par sa présence, détruire son seul et dernier espoir. »
On a dit, pour expliquer cct ordre du jour, qu’il avait été composé par un écrivain royaliste 1 et accepté par le maréchal Soult, aux précédents duquel la dureté de ce langage ne seyait guère. C’était plutôt le langage d’une situation que le langage
I. M. Mii'haud l'aîné, alors directeur lie la Quotidienne, et plus lard membre de l'Académie française.
RETOUR DE l.'lLE d'ELDE.
d’un homme. A défaut d obstacles matériels, on multipliait les obstacles moraux sur lu route de Napoléon , les malédictions, les imprécations, les serments, les proclamations, les adresses, les ordres du jour. On cherchait à rendre son succès moralement impossible à mesure qu'il devenait matériellement inévitable, et l’on ne réussissait qu’à apporter une preuve nouvelle à l'appui de cette ancienne vérité : c’est qu’on manque aussi bien le but en allant au delà qu'en restant en deçà. Cependant le duc de Iterry, qu’on avait retenu à Paris contre son gré, alin de faire de lui le centre des ofticiers supérieurs, si nombreux dans cette ville , les voyait accourir ardents et empressés. Les généraux llaxo , Belliard, Guilleminot, se distinguaient dans cet empressement général.
Le parti constitutionnel se jetait dans ce mouvement et se portait avec vivacité au secours de la Kestauratiou menacée. Après l’avoir attaquée sans bien calculer la portée de ses coups et les périls qu’il créait ainsi à la liberté, aussi nouvelle que le gouvernement, et par conséquent aussi faible que lui, il lui apportait un tardif mais loyal concours.
Madame de Staël, dont le salon était le centre de ce mouvement d’opinion, disait au comte de La Valette, le lendemain du jour où la nouvelle arriva à Paris : « Eh bien ! le voilà de retour. Il arrivera, il sera ici dans peu de jours; je ne me fais pas d’illusion. Ah! mon Dieu! voilà donc la liberté perdue! Pauvre France! après tant de souffrances, malgré des vœux si ardents, si unanimes! Puisque son despotisme l’emporte, je m’éloigne de ce pays. » Puis elle ajoutait, après quelques plaintes contre le peu de disposition que les Itourbons avaient montre à suivre ses conseils : « Je les aime, je les regrette, parce qu’eux seuls ils peuvent me donner la liberté , et qu ils sont honnêtes gens1. »