NAPOLÉON A LYON. — RÉCEPTION RÉVOLUTIONNAIRE
auraient fini si l’escorte de dragons qui revenait d’accompagner Macdonald, rencontrant le gouverneur de Lyon à la Pyramide Vaise, dans cette position critique, n’eùt mis le sabre à la main en intimant sévèrement aux hussards l’ordre de s’arrêter. Ceux-ci obtempérèrent à cette sommation , et le comte de Damas put continuer sa route.
Au moment où cette scène se passait , la ville était depuis quelques minutes aux mains des impériaux. A la vue des hussards de la Vienne précédés d’un nombreux groupe d’officiers à demi-solde et des ouvriers du faubourg de la Guillotière, qui firent retentir sur l’autre rive du Rhône le cri de vive l'Empereur , les ouvrière mêlés aux troupes sur la rive où se trouvait la garnison de Lyon répondirent les premiers à ce cri. Puis les régiments le répétèrent. Alors des deux rives s’éleva la même clameur : « Aux palissades ! » et ceux qu’elles couvraient comme ceux qu’elles devaient arrêter s’élançant à la fois, elles furent jetées en un moment dans le Rhône.
On vit alors se reproduire les scènes qui avaient éclaté quelques jours auparavant à Grenoble ; mais à Lyon, elles eurent un caractère particulier. Ceux qui auraient oublié qu’il y a plus d'une population dans une grande ville, et que celle-là seule remplit les rues qui est sympathique à la cause triomphante, tandis que l’autre reste renfermée dans les maisons, se seraient demandé où était la foule qui, peu de jours auparavant, saluait le comte d’Artois de ses sympathies. A trois heures, Lyon appartenait à Napoléon, et la garnison de cette ville se précipitait à sa rencontre. Napoléon arriva à sept heures du soir seulement. Il faisait nuit close ; ce fut aux flambeaux qu’il fit son entrée à la Guillotière. Les classes élevées et les classes moyennes ne parurent presque nulle part dans cette journée et les journées suivantes. Une foule exaltée, composée d’hommes généralement mal vêtus, encombrait les rues et les places , et saluait de clameurs effrayantes
RETOUR PE L’iLE d’eI-BE.
l’Empereur de retour de l’ile d’Elbe. Les imprécations et les menaces se mêlaient aux acclamations, et les cris de : Mort aux royalistes ! Mort aux prêtres! Vive l’Empire! Meurent les Bourbons! aux cris de : Vive l'Empereur! La multitude, qui est le pire des tyrans, aime à imposer ses joies comme ses tristesses; elle se plaisait à effrayer de ses vociférations les classes aisées, et menaçait de mort quiconque n’illuminerait pas sur le parcours du cortège. Au milieu de cette ovation militaire la tète hideuse de la révolution se levait. Napoléon l'aperçut et s’en émut. Le second Empire allait-il donc déchaîner l’anarchie que le premier avait enchaînée?
Le préfet et le sous-préfet s’étaient éloignés. Ce fut le maire de la ville qui présenta les clefs à l’Empereur. La proclamation qu’il lit afficher sur les murs porte la trace des préoccupations que causait le déchaînement de la multitude en délire1.
A Grenoble, Napoléon avait commencé à reprendre possession de l’Empire, il lit un pas de plus à Lyon. 11 proportionnait son audace aux chances de sa fortune croissant avec ses succès. Les décrets rendus à Lyon, à la date du 13 mars, furent au nombre de neuf. Dans le premier, il annulait tous les changements opérés par le gouvernement royal dans les cours et les tribunaux inférieurs, et intimait aux individus appelés à y siéger de cessera l’instant leurs fonctions. Dans le deuxième, il ordonnait à tous les généraux et officiers de terre et de mer introduits dans les armées depuis le 1" avril 1814 qui étaient émigrés, ou qui, n’ayant pas émigré, avaient quitté le service au moment de la première coalition, de cesser à l’instant leurs
1. « Habitants de Lyon! disait le comte do Fargues, maire de la ville, vous revoyez en Napoléon celui qui vint, en l'an VIII, arracher notre belle pairie aux hommes de l'anarchie. Citoyens de toutes les classes , au milieu des transports qui vous animent, ne perdez pas de vue le maintien de la tranquillité. C’est le plus sur moyen qu'il daigne vous continuer celte bienveillance dont tant de fois il vous multiplia les gages. •