‹ Histoire de la RestaurationChapitre 47 sur 325 · DÉCRETS IMPÉRIAUX RENDUS A LYON · texte numérisé non relu

DÉCRETS IMPÉRIAUX RENDUS A LYON

fonctions , et de se retirer au lieu de leur domicile. Dans le troisième , il abolissait la cocarde blanche , la décoration du Lis , les ordres de Saint-Louis , du Saint-Esprit et de Saint- Michel, et rétablissait la cocarde et le drapeau tricolores. Dans le quatrième , il ordonnait qu’aucun corps étranger ne serait admis à la garde du souverain; il rétablissait la garde impériale dans ses fonctions. Les cent-suisses , les gardes de la porte, les gardes suisses étaient supprimés , comme les gardes du corps , les mousquetaires , les chevau-légers et tous les corps de la maison militaire du Roi. Par un cinquième décret, il plaçait le séquestre sur tous les biens formant les apanages des princes de la maison de Bourbon , sur ceux qu’ils possédaient h quelque titre que ce fût , et sur tous les biens des émigrés qui leur avaient été rendus depuis le 1" avril 1814. Dans le sixième décret , il abolissait les titres de l’ancienne noblesse , et ne reconnaissait que ceux qu’il avait donnés luimême. Dans le septième , il ordonnait aux émigrés rentrés en France depuis le 1er avril seulement , et qui n’avaient pas été rayés des listes par Napoléon ou les gouvernements précédents, de sortir sur-le-champ du territoire de l’Empire, sous peine, quinze jours après la promulgation du décret, d’être arrêtés et jugés conformément aux lois portées par les assemblées révolutionnaires, qui punissaient les émigrés de la peine de mort. Par le huitième décret, il annulait toutes les nominations faites dans l’ordre de la Légion d’honneur depuis le l,r avril 1814, en rétablissait les insignes tels qu’ils étaient avant cette date , et rendait à cet ordre les domaines qui lui étaient affectés sous le premier Empire. Par un neuvième et dernier décret , il dissolvait la Chambre des pairs et celle des députés, et convoquait les députés des collèges électoraux des départements de l’Empire ù Paris pour le courant du mois de mai, en assemblée extraordinaire du champ de mai, afin de prendre des mesures convenables pour corriger et modifier

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les constitutions impériales selon l’intérêt et la volonté de la nation , et en même temps pour assister au couronnement de l’Impératrice et du roi de Rome. .

Dans cette suite de décrets qui ne devaient être connus à l'aris que dans la journée du 18 mars, la confiscation abolie par Louis XVII 1 reparaissait tête levée avec Napoléon, et l’exil recommençait pour toute une classe de Français. Du reste, ces mesures étaient combinées de manière à satisfaire les sentiments de l’armée et les passions de la révolution , et à créer dans la nation des illusions favorables à la cause de l’Empereur. La réunion dos députés des collèges électoraux en champ de mai, pour modifier les constitutions de l’Empire, était une avance faite au parti constitutionnel et une concession aux idées nouvelles, avec lesquelles ou reconnaissait qu’il fallait compter. L’annonce du couronnement de l’Impératrice et du roi de Rome au champ de mai était destinée à faire croire à un accord do Napoléon avec l’Autriche et au retour prochain de Marie-Louise et de son fils, fait? de nature à rassurer les esprits alarmés pour la paix. Ainsi Napoléon , et c’était un présage des diflicullés qui attendaient son succès, était obligé, pour se faire accepter, de donner à la France deux illusions que le lendemain allait dissiper. La première , c’est qu’il revenait d’accord avec l’Autriche qui, au contraire, restait étroitement unie à la coalition ; la seconde , c’est que l'Empire, qui n’était autre chose que l'impulsion souveraine d’une volonté environnée d’obéissances passives et muettes , pouvait s’accommoder d’institutions constitutionnelles, et cela dans des circonstances critiques où, pour soutenir le poids de l’Europe au moment de se précipiter sur la France, il avait besoin plus que jamais du pouvoir absolu.

Du reste, pour ceux qui regardaient les choses de plus près, il n’était pas difficile d’apercevoir tout ce qu’il y avait d’illusion dans la seconde de ses espérances. Elle était déjà démen-

ALARMES AUX TOILERIES.

tic par les faits. Le séquestre mis par simple ordonnance sur les biens des émigrés comme sur les apanages des princes de la maison de Bourbon, les exilés chassés de nouveau du territoire et menacés de la peine de mort en cas de résistance, les titres de l’ancienne noblesse abolis, la Chambre des pairs dissoute , formaient un ensemble de mesures qui, allant de la confiscation à la proscription , portaient tous les caractères de l’arbitraire. C’était la dictature exercée en fait en même temps que le gouvernement constitutionnel proclamé en droit. On remarqua aussi que le mot de citoyens disparaissait déjà des proclamations impériales; il ne dépassapas Grenoble. Les instincts de pouvoir absolu revenaient à Napoléon avec la force. Il avait dit aux habitants de Gap et de Grenoble : « Citoyens; » il dit aux habitants de Lyon en les quittant, le 13 mars : « Lyonnais, je vous aime. »

La nouvelle des événements de Lyon répandit l'alarme aux Tuileries et dans Paris tout entier. Le gouvernement royal ne cacha pas les fâcheuses nouvelles qu’il avait reçues par le télégraphe le 10 mars. Dès le lendemain 1 1, la Chambre des pairs fut réunie pour recevoir une communication du chancelier. Il lui rendit compte de l’ordre donné par le Roi à Monsieur, comte d’Artois, de partir pour Lyon dans la nuit du a au 6 mars, de l’ordre expédié au duc d’Angoulême, afin qu’il se rendît à Nîmes et qu’il prit le commandement de l’armée du Gard, formée d’un noyau de quatre à cinq mille hommes, qui pouvait être porté à treize mille en y joignant les troupes éparses dans les huitième et neuvième divisions militaires. Les nouvelles venues par estafettes et arrivées dans les journées des 7 et 8 mars annonçaient chez les autorités du Var et des Basses-Alpes l’intention de résister. Mais une dépêche télégraphique de Grenoble du 8 mars, arrivéede 9 à Paris, annonçait que Bonaparte était attendu à Grenoble le soir même, et une dépêche télégraphique du préfet de Lyon du 10 mars à huit heures

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du matin, arrivée dans la même journée à Paris, portait ces seuls mots : « Les princes partent à l’instant. Bonaparte est attendu à Lyon ce soir. Je pars pour Clermont. » Le chancelier, après avoir donné ces détails à la Chambre des pairs, l’avertit laconiquement qu on lui apportait il l’instant une lettre du préfet de Laon datée de la veille, et qui lui annonçait une nouvelle trahison tentée à la Fère, mais heureusement réprimée.

On comprend ce que ces nouvelles répandues par le Moniteur dans Paris y jetèrent de trouble et d’anxiété. Comme les détails manquaient , les imaginations travaillèrent, et l’on ajouta à la peur du mal réel ce mal de la peur qui fait grandir le danger en lui donnant des proportions fantastiques. Le retour du comte d’Artois revenu de Lyon en fugitif avec le maréchal Macdonald dans la journée du 13 mars, le lendemain de l’arrivée de M. le duc d’Orléans ', produisit une impression fâcheuse. Les royalistes, très-nombreux dans toutes les classes, s’inquiétèrent vivement; les plus faibles commencèrent à se détacher peu à peu d’un parti dont le succès devenait douteux. La crainte et la défiance, ces deux mauvaises conseillères, qui étaient entrées dans les conseils du Roi par suite du retour forcé du comte d’Artois à Paris, allaient faire prendre de ces mesures extrêmes qui, tardivement adoptées, ne pouvaient qu’achever de désorganiser le gouvernement; au début, le ministère n’avait pas osé s’avouer, ou plutôt avouer la gravité de la situation. Aux yeux de beaucoup de gens, c’eût été presque désirer des revers que de les prévoir. Les membres de l’administration qui avaient servi sous l’Empire affectaient surtout une confiance qui, dans leur pensée, avait la portée d’une preuve de dévouement. L’impassibilité naturelle du Roi semblait avoir gagné son miuis-

I. Nous prenons Mi (laies dans la minute de la noie officielle envoyée après In départ du Ko! aux puissances étrangères et à madame la duchesse d'Angouléme, pour leur expliquer la suite des événement* jusqu'au 20 mars. [P.ipiert politique i de M. de Ulacas.)

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