‹ Histoire de la RestaurationChapitre 51 sur 325 · EFFET PRODUIT A VIENNE PAR I.’ ÉVASION DE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

EFFET PRODUIT A VIENNE PAR I.’ ÉVASION DE NAPOLÉON

avec le flegme britannique et la gravité d’un homme de guerre qui sent venir la journée la plus importante et la plus mémorable de sa vie. Le prince de Talleyrand s’était retranché dans cette somnolence dédaigneuse qui était son attitude toutes les fois qu’il se trouvait en présence d’opinions qu’il ne pouvait ramener à la sienne, ou d’événements qu’il ne pouvait empêcher. Quand il en sortit, son rôle fut à peu près ce qu’il avait été dans la conférence de la rue Saint-Florentin , qui précéda la déclaration de déchéance portée contre Napoléon ; il constata l’évidence de l’intérêt qui obligeait l’Europe à maintenir l’arrêt prononcé contre l’Empire. Le retour de Napoléon n’était pas moins menaçant pour les monarchies européennes que pour la monarchie française. Ce fut là le thème qu’il développa sans affectation , sans chaleur, en exposant les ohoses comme admises à titre d'incontestables plutôt qu’en les démontrant comme si elles avaient été contestées. Sa logique, il faut le dire, était aiguisée par son intérêt personnel, carie retour de Bonaparte, menaçant pour la France et l’Europe, ne l’était pas moins pour M. de Talleyrand, qui l’avait mortellement offensé en 1814, qui n’avait reçu de lui depuis aucune parole rassurante , et qui espérait encore prévenir sou succès. Après avoir constaté l’impossibilité pour l’Europe de laisser Bonaparte s’affermir en France, si, grâce à l’entrainement de l’armée, il surprenait un premier succès, il constatait l’impossibilité pour Bonaparte de résister aux forces de la coalition encore réunies, abandonné qu’il serait par la France, lasse de sa domination et affamée de paix. L’aventure qu’il tentait était donc une occasion d’en finir avec un péril toujours suspendu siu1 l’Europe , tant qu’il était dans cette île voisine à la fois de la France et de l’Italie, où la magnanimité trop confiante des souverains lui avait accordé un asile compromettant pour le repos du monde. Quand M. de Talleyrand tenait le bon bout d’une question, il excellait à la développer en conver-

RETOUR DE L'IRE d'ELRE.

sations spirituelles et attachantes, et il réussissait d’autant mieux à persuader qu’il ne semblait pas chercher à convaincre, et qu’il paraissait toujours supposer qu’il parlait è des gens convaincus d’avance. C’était en effet ce qui arrivait dans cette occasion. L’empereur de Russie, en apprenant le débarquement de Napoléon en France, avait dit à l’empereur d’Autriche, qui lui reprochait sa faiblesse pour les révolutionnaires de Paris : « Pour réparer mes torts, je mets ma personne et mes armées au service de Votre Majesté. »

Il ne fut donc pas difficile, au retour des trois ministres, d’amener les puissances à signer une déclaration qui était, en même temps, une arme morale prêtée à la Restauration, et un arrêt européen porté contre Napoléon. Le prince de Metternich prit l’initiative de cette mesure, en proposant aux plénipotentiaires des huit puissances signataires du traité de Paris , comme digne des souverains et du congrès qui les représentait, de se prononcer immédiatement sur l’événement qui ne pouvait manquer de faire une si grande sensation en Europe ; et il indiqua dès lors comme nécessaire la déclaration que « Napoléon, s’étant constitué ennemi et perturbateur du repos public, n’était plus sous la protection d’aucune loi. » 11 ajouta que « dans sa propre opinion, les puissances signataires du traité de Paris étaient particulièrement appelées à déclarer en fait, devant l’Europe, que ce traité et tout ce qui en était la conséquence seraient invariablement maintenus, et qu’elles étaient prêtes dès lors à fournir au roi de France les secours que Sa Majesté Très-Chrétienne pourrait juger nécessaires pour rétablir la tranquillité. publique, dans l’éventualité peu probable où cette tranquillité serait effectivement troublée par une entreprise insensée autant que criminelle. »

La proposition de M. de Metternich fut Accueillie par une adhésion unanime, et Ton remit au lendemain, 13 mars, la rédaction définitive de la déclaration qui devait proclamer

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