‹ Histoire de la RestaurationChapitre 71 sur 325 · AGITATION STÉRILE DES CONSTITUTIONNELS · texte numérisé non relu

AGITATION STÉRILE DES CONSTITUTIONNELS

récompenses étaient promises à tous les citoyens qui sc dévoueraient à la patrie et au trône. L’article 7 arrêtait que cette campagne serait comptée triple pour l’avancement. L’article 8 annonçait qu’une médaille commémorative serait frappée, et qu’elle serait décernée i\ tous les militaires et h tous les citoyens qui auraient combattu. L’article 9 décrétait que tout discours tenu dans les réunions ou lieux publics, tout placard ou écrit ayant pour objet de porter atteinte à l’irrévocabilité des biens nationaux, ou d’inspirer des craintes ou des inquiétudes aux possesseurs ou aux acquéreurs, ou de provoquer le rétablissement des droits féodaux, de la dîme ou des rentes seigneuriales, seraient considérés comme un attentat ou un complot tendaut il exciter la guerre civile, et punis de la réclusion ou du bannissement. L’article 10 déclarait que tout fonctionnaire qui , engagé dans la révolte, ferait sa déclaration de repentir serait réintégré dans ses fonctions. Enlin, d’après l'article il, il devait être pris dans le budget de 1815 des moyens pour assurer des indemnités aux militaires dont les dotations se trouvaient perdues.

Rien ne peint mieux le cours des idées de la Chambre à la fin de cette crise que ce projet de loi. Cette prodigalité de récompenses promises à l’armée attestait à la fois le besoin qu’on avait d’elle et le peu de fond qu’on mettait dans son concours. On élevait la prime de la fidélité, parce que la fidélité devenait rare. En même temps, on essayait de gagner et d’apaiser les intérêts révolutionnaires, en rangeant au nombre des attentats punissables delà réclusion ou du bannissement, non-seulement les entreprises directes et positives contre le principe de l’irrévocabilité des biens nationaux, mais de simples propos de nature à inspirer des inquiétudes ou des craintes aux possesseurs. Un membre demanda que, dans le nombre des droits dont le général Augier voulait qu’une mesure législative empêchât à jamais le retour, on ajoutât le droit de cham-

RETOUR DE L'iLE D’eLRE.

part. Ainsi les efforts législatifs tentés en faveur de la Restauration tournaient contre elle; la défiance perçait jusque dans l’adhésion , et l’on semblait profiter de la circonstance pour prendre des garanties contre elle, en lui portant secours.

Le ministère gardait devant ces propositions un silence approbatif ou du moins respectueux. Le système de M. de Montesquieu , qui consistait à satisfaire à tout prix les exigences du parti constitutionnel, prévalait dans ces derniers instants. 11 allait partout, répétant : « Tout est perdu; il n’y aurait pas d’extrémité à laquelle le Roi ne se soumit, pas de répugnance qu’il ne surmontât. — Quoi ! lui répondit-on, même La Fayette? — Oui, s’écria-t-il en s’eu allant, La Fayette lui-même1! » C’est ce qui a fait dire au contradicteur habituel de sa politique dans le conseil : « 11 jetait tout par les fenêtres comme dans une maison qui bride , et il aurait fini par y jeter le sceptre et la couronne 2. »

Il y avait des membres de la Chambre qui lui épargnaient ce soin. Au moment où l’assemblée allait voter la prise en considération de la proposition de M. Augicr, M. Barrot (de la Lozère) demanda la parole. « Je pense, dit- il, qu’il serait convenable de faire précéder la proposition que le préopinant vous propose de quelques considérants, afin que tous les citoyens puissent connaître les motifs qui l’ont déterminée. Permettezmoi de vous soumettre ceux que j’avais rédigés pour une proposition dont les principales dispositions se retrouvent dans celle qui vient de vous être présentée. Yoici de quelle manière ces dispositions me paraissent devoir être motivées :

« La Chambre des députés, considérant que Bonaparte s’avance sur la capitale suivi d’une poignée de soldats, avec la prétention de remonter sur le trône de France; qu’une stu-

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