I . M. Villeiiuiin
RETOUR DE l’ILE D'EURE.
veulent paraître mieux instruites que toutes les autres, parce qu’elles devraient l’être en effet; elles sont donc portées à considérer comme des pessimistes ceux qui viennent leur révéler des périls qu’elles n’ont point aperçus. C’est ce qui arrivait journellement aux royalistes dévoués qui communiquaient aux dépositaires du pouvoir royal leurs observations, leurs prévisions sinistres et leurs craintes. Les ministres ne pouvaient se résoudre à croire que si les choses eussent été aussi compromises, on l’eût ignoré dans les régions du pouvoir. Au lieu de s’avouer qu’il y a des circonstances où les personnes les plus intéressées à voir sont les dernières dont les yeux soient frappés par la lumière, ils se révoltaient contre ces vérités importunes, visibles partout excepté dans les régions officielles, et les traitaient comme des chimères d’imaginations effrayées.
Ils comptaient, en cas de péril, sur l’énergique concours des généraux, qui ne ménageaient point les protestations de dévouement. Les adresses venues de toutes les villes de France leur donnaient l’assurance que les populations étaient sympathiques à la Restauration. Quant à Napoléon, ils se croyaient suffisamment garantis contre son retour par les deux croisières française et anglaise qui stationnaient en vue de l’Üe d’Elbe. Eu outre, ils avaient placé àLivourne, sur la proposition du duc Dalbcrg, un consul général dont le principal mérite était d’avoir habité longtemps Elle d’Elbe et d’y avoir noué, du moins il l’affirmait, toutes les relations nécessaires pour être averti du premier mouvement de l’Empereur. On avait donné le commandement de la Corse au chevalier Bruslart, homme de parti et d’un caractère plein de résolution et d’énergie, pour surveiller et rompre les communications que Bonaparte pouvait être tenfé de nouer avec son île natale. Enfin la préfecture du Yar avait été confiée à M. de Bouthilier, dont la capacité et le dévouement étaient hors de doute, et qui