‹ Histoire de la RestaurationChapitre 84 sur 325 · DÉPA11T DU ROI POUR LILLE · texte numérisé non relu

DÉPA11T DU ROI POUR LILLE

mille francs à chacun des ministres qui devaient l’accompapagner. La résolution de partir avait été prise d’une manière si soudaine, et le secret en avait été si bien gardé, que tous les services fonctionnèrent au château comme à l'ordinaire. Ou venait prendre et on exécutait les ordres. Ce jour-là môme, à cinq heures , les valets dressaient, dans une salle du rez-dechaussée du château, un magnifique couvert de vingt-cinq personnes pour le traitement que devait faire le premier maître d’hôtel, au nom du Roi , à l’ambassadeur d’Espagne ‘. 11 y avait pour ceux qui savaient que tout était fini, quelque chose d’étrange à voir les choses suivre leur train accoutumé.

Vers neuf heures du soir, le capitaine des gardes prévint le commandant de la garde nationale présent au château que le Roi partirait vers minuit. A onze heures, le baron de Yitrolles, qui croyait suivre le Roi à Lille, se rendait auprès de lui lorsqu’il rencontra, dans la petite pièce qui précédait son propre cabinet, le comte d’Artois et le chancelier Dambray. Le prince exprima à M. de Yitrolles l’opinion que sa présence dans le Midi pouvait être plus utile, et comme celui-ci s’empressait de se mettre à ses ordres, Monsieur entra chez le Roi avec le chancelier pour lui en parler. A onze heures et demie*, Louis XV11I demanda le baron de Yitrolles. Le Roi tenait une petite lettre qu’il venait d’écrire : « Vous allez partir pour bordeaux, pour Toulouse, lui dit-il, vous y ferez ce que vous inspirera votre zèle pour le bien de mou service; vous remettrez cette lettre à ma nièce. Vous lui direz de tenir à bordeaux le plus longtemps qu’elle pourra. » Comme M. de Yitrolles exprimait au Roi son regret de partir sans instructions, le Roi lui répondit avec cet à-propos de mémoire qui ne l’abandon-

I . Le traitement était un repas donné au nom du ltoi par le premier maître dliOtel à un personnage de dUlinulion.

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n;iit jamais : Mille sapientiam utnihil diras. Puis il écarta de même l’objection de M. de Vitrolles, qui regrettait de partir sans pouvoirs : « Vous n’en avez pas besoin, dit-il, vous êtes mon ministre. D’ailleurs vous serez autorisé par la présence de mon neveu et de ma nièce. » En quittant le Roi pour aller faire ses préparatifs de départ, M. de Vitrolles retrouva le comte d’Artois, qui lui promit d’aller le rejoindre dans le Midi, dès qu’il aurait mis le Hoi en sûreté.

A minuit, on vit les voitures de voyage venir se ranger dans la cour du Carrousel, au bas de l’escalier du pavillon de Flore. Le bruit du départ du Hoi se répandit en un instant ; aussi tAt les nombreux gardes nationaux , les gardes du corps de service, les employés du château accoururent de toutes parts. Les escaliers , le vestibule du pavillon de Flore, les salles d’attente furent encombrés d’une foule qui, troublée et émue, venait assister à cette scène d’adieu, et voir une dernière fois le vieux Roi condamné par la fortune à quitter encore la demeure de ses aïeux, où, depuis dix mois à peine, il était de retour. Les visages étaient tristes et mornes, et malgré le trouble et le désordre qui régnaient , cette foule gardait un silence respectueux en attachant ses regards sur la porte des appartements intérieurs par laquelle le Hoi devait sortir.

Au bout d’un peu de temps, cette porte s’ouvrit et le Hoi parut. Les anuées et les infirmités appesantissaient sa marche. Il s’appuyait péniblement sur le bras du comte de Rlaeas et sur celui du duc de Duras; mais son visage était ferme et plein d’une majestueuse sérénité. Le frère de Louis XVI n’était point à son apprentissage de l’adversité et de l'exil. A sa vue, il y eut comme un mouvement électrique parmi les assistants, et un grand nombre de personnes tombèrent à genoux. Les gardes nationaux et les gardes du corps étendaient vers lui les bras, et le suppliaient de rester. A l’aspect de ces térooi-

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