‹ Histoire de la RestaurationChapitre 85 sur 325 · DÉPART DU KOI. — SCÈNE DES ADIEUX · texte numérisé non relu

DÉPART DU KOI. — SCÈNE DES ADIEUX

gnages d’affection , le visage du Roi, qui était demeuré ferme devant le péril, se troubla. En continuant à descendre les degrés d’un pas lent et difficile, il adressait, d’une voix entrecoupée d'émotion , ces paroles aux sujets fidèles qui lui donnaient cette suprême preuve de dévouement : « Épargnez-moi, mes amis. Mes enfants, votre attachement me touche et me tue ; je ne vous dis point adieu pour jamais, nous nous reverrons. » Tout le monde pleurait, et le comte d’Artois et le duc de Berry, présents à cette scène, mêlaient leurs larmes à celles des assistants. Le Roi, marchant au bruit des sanglots, n’arriva point sans peine à sa voiture, en se frayant un passage à travers les rangs de ses serviteurs qui se serraient autour de lui. La nuit était affreuse; la pluie qui tombait par torrents, la vent qui soufflait par violentes rafales, éteignaient les flambeaux, qui jetaient une clarté douteuse sur cette scène de désolation. Enfin le Roi put monter avec le prince de Neufchâtel, le duc de Duras et le comte de Blacas, dans le carrosse qui l’attendait, et qui partit avec une simple escorte d'honneur. Il n’avait pas voulu que l'on s’occupât de sa sûreté, et il n’en avait pas besoin. Dans la plupart des villes qu’il traversa, il fut accueilli par des acclamations , dans toutes avec respect. « Le désespoir de voir tomber un gouvernement doux et paternel , dit un témoin peu suspect, était exprimé sur toutes les figures et dans toutes les paroles. Jamais souverain renversé de son trône n’a reçu un pareil accueil et des témoignages plus vrais, plus évidemment sincères que Louis XVIII eu celte circonstance. L’espoir d’un prompt retour était si hautement exprimé, et l’opinion était alors si fortement prononcée en faveur de l’ordre de choses qui croulait, la haine pour ce qui l’avait précédé si énergique, que le concours des étrangers dans nos affaires ne présentait rien d’odieux aux yeux du peuple. Les ennemis , aux yeux des trois quarts des habitants de ces départements, étaient

HUt. de la Rfstaur. H. Il

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ceux qui renversaient le Roi de son trône et allaient rallumer la guerre »

La maison militaire du Roi avait été réunie au Champ de Mars à l'heure môme où le Roi quittait Paris. Avec elle se trouvaient quelques détachements de troupes , les volontaires de l’École de droit, au nombre de plusieurs centaines, et un assez giand nombre d’officiers, formant ensemble un effectif de quatre mille hommes environ, cavalerie et infanterie. A deux heures du matin, le comte d’Artois, le duc de Berry et, sous eux, le duc de Raguse, vinrent prendre le commandement de la colonne. Elle se mit en marche, les grenadiers de La Roche-» jaquelein à l’avant-garde et les mousquetaires noirs à l’arrièregarde, traversa le pont d’Iéna, l’allée des Veuves, les Champs- Elysées jusqu’à la barrière de l’Etoile ; arrivée là, elle contourna Paris parle boulevard extérieur, et prit là route de Saint-Denis, en se dirigeant, parla route de Beauvais, vers Saint-Pol,dansla direction de Lille, où le Roi avait marqué le rendez-vous général .

Elle devait arriver à sa destination après plusieurs jours d’une marche pénible, que le mauvais temps rendait plus difficile encore en défonçant les routes. Nulle disposition n’avait été prise pour assurer les vivres et les logements de cette troupe ; mais l’exemple de Monsieur et du duc de Berry, qui partageaient les privations et les fatigues de leurs compagnons, soutint tous les courages. A chaque instant on annonçait, et plusieurs fois on rencontra des troupes impériales. A Abbeville, à Béthune surtout où l’on arriva le 23 mars, on crut qu’on allait en venir aux mains. Un régiment de chasseurs à cheval et un détachement de la garde impériale, venant d’Arras où ils avaient arboré la cocarde tricolore, se préseu-

I. Mémoires du duc de Ragtue , (orne V 1 1 , page 100. Madame la comtesee Dupont raconte que de Paris à Dunkerque elle rencontra les mêmes manifestations et les mêmes sympathies pour la cause du Roi. {Voir son récit que j’ai puldié dons les Souvenirs Je la Uesraurution, pafre 90.)

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