‹ Histoire de la RestaurationChapitre 86 sur 325 · IG · texte numérisé non relu

IG

tèrent à Béthune pour y prendre leur logement, et se trouvèrent face àface avec les grenadiers de La Rochejaquelein et les autres corps de la maison du Roi , qui , au bruit de leur approche, s’étaient mis en bataille sous les ordres du duc de Berry. Le prince allait donner le signal de la charge, lorsque l'officier qui commandait les chasseurs, reconnaissant le duc de Berry, s’avança et l’assura respectueusement qu’il demandait seulement passage pour conduire sa troupe àLillers. Le prince refusant de livrer passage à une troupe marchant sous le drapeau tricolore, le chef bonapartiste donna aux siens l’ordre de rétrograder vers Arras. A cette vug, les cris de vive le Roi ayant éclaté dans les rangs des troupes royales, les chasseurs et les grenadiers firent volte-face aux cris de vive /’ Empereur. Déjà l’on se mesurait des yeux à quelques pas seulement de distance, et le duc de Berry, le sabre à la main, au milieu des grenadiers de La Rochejaquelein, se préparait à charger, lorsqu’une de ces scènes fréquentes dans les guerres civiles empêcha une effusion de sang inutile. Un officier bonapartiste reconnut dans un des officiers des grenadiers de La Rochejaquelein son ami le plus cher, et s’écria que rien au monde ne l’obligerait à tremper les mains dans son sang. A l’accent de cette voix, les cœurs s’émurent, l’horreur de la guerre civile apparut à ces hommes, un moment auparavant sur le point de s’entretuer. Les officiers de la troupe bonapartiste profitèrent de cette émotion, lui firent tourner bride et l’entraînèrent vers Arras. Quelques voix s’élevèrent encore dans les rangs des grenadiers de La Rochejaquelein pour demander qu’on fît un exemple; mais le duc de Berry contint leur ardeur, et commanda de remettre le sabre au fourreau et de relever les fusils : « Soldats, ne tirez pas, dit-il, uo.us sommes tous Français. Comment voulez-vous tuer des gens qui ne se défendent pas U»

I . On frappa clan* la nccondn lleatauralion une iiii*il»illi' au duo <jo Ilorry. Elle

RETOUR DE I.’tLE I)’eLBE.

Cotte scène se passait le 24 mars. Ce fut à la hauteur de Béthune qu’on apprit les événements de Lille. Le 22 mars, à une heure après midi, le Uni avait fait son entrée dans celte ville, aux acclamations de la garde nationale et de la population. Mais le maréchal Mortier avait pris une mesure dont le Roi n’était pas instruit,ct qui pouvait déconcerter ses espérances et. ses plans de résistance ; il avait cru devoir faire rentrer dans la ville la garnison, qui était campée au dehors'. Si les troupes n’étaient point rentrées, la garde nationale et la maison du Roi, secondées par les habitants, pouvaient assurer à Louis XVII I ce dernier asile sur le territoire français. Avec une garnison nombreuse et mal disposée, ce dessein paraissait d’une exécution diflicile ; le Roi persista à la tenter. Les habitants, ardemment sympathiques à la cause royale, se portaient partout sur les pas de Louis XVII I et faisaient tous leurs efforts pour émouvoir les soldats, en répétant les cris de vive le Roi. Ceux-ci, sombres et menaçants, gardaient un morne silence, présage d’une prochaine défection. En effet, le23mars, c’est-àdire le lendemain même de, l’arrivée du Roi, le duc de Trévise lui déclara qu’il ne pouvait répondre de la fidélité des troupes placées sous ses ordres, et que le Roi devait quitter la ville s’il voulait prévenir de grands malheurs. Le Roi répondit, avec celte fierté qui ne l’abandonna jamais dans les plus cruelles épreuves : « F.h bien ! si la troupe veut aller rejoindre Bonaparte, qu’on lui ouvre les portes, la garde nationale et ma maison militaire suffiront, à son défaut, pour assurer au roi de France un dernier asile sur le territoire français. » L’insubordination ayant continué à se manifester pendant la journée

porto au revers le# pareil'# du dur de llrrry et celle dalu : Bf thune, î I tnan 181 a.

I . Tous ces détail# sont empruntés à la. relation officielle dont nous avons trouvé l'original dans 1rs Papiers jioliùqutt d’ M. de Blacas.

Page 1