LOL'IS XVIII OBLIGÉ UE QCITTEII LILLE
parmi les soldats, qu’on voyait parcourir les rues dans un état d’ivresse, le maréchal revint à la charge. Il déclara à M. de lUacas que, sur le bruit de l’approche du duc de Berry à la tête de deux régiments suisses et de la maison militaire, on parlait dans les quartiers de prendre les armes et de se soulever. Il n’était plus possible, ajouta-t-il, de soustraire les troupes de Lille à l’influence du mouvement qui entraînait toute l’armée vers Bonaparte. Les ducs de Bellunc et de Beggio avaient en vain tenté de retenir dans le devoir les troupes de la cinquième division militaire et les garnisons de Metz et de Nancy. Rien ne pouvait résister désormais au torrent. Quant à faire sortir la garnison de la ville, ce n’était pas une chose en son pouvoir. Il espérait encore, en escortant lui-même le Roi, imposer aux soldats, mais si l’on tardait un instant, cette dernière chance de salut allait échapper. Le Roi, avant de se résigner à prendre un parti pour lequel il avait une si vive répugnance, voulut consulter le loyal Macdonald et le maréchal Bertliier, qui, tous deux , lui conseillèrent la retraite ; le duc d’Orléans se rangea à leur avis. Cependant le Roi ne renonça point encore à maintenir le drapeau blanc levé en France. Il résolut de se retirer à Dunkerque en passant par Ostende, et, sortant de Lille le 23 mars à trois heures de l’après-midi, il annonça qu’il allait se mettre en route vers ce port de mer, accompagné du duc d’Orléans, des maréchaux Mortier, Macdonald et Bertliier, après avoir envoyé un courrier à Monsieur pour lui prescrire de diriger la maison militaire vers Dunkerque. Le duc d’Orléans et le maréchal Mortier quittèrent le Roi au sortir de la ville et rentrèrent dans la place pour prévenir les désordres que pourrait commettre la garnison, mais le duc de Tarentc et le prince de NeufchAtcl continuèrent à accompagner Louis XY11I. Le premier ne devait le quitter qu’aux portes de Mcnin, lidèle jusqu’au bout à son serment envers le Roi comme il avait été fidèle, dix mois auparavant, à son serment envers l’Empereur;
BETOL'H DE l-’lLE D’ELBE.
le second devait dépasser la frontière avec lui1 ; un piquet de la garde nationale de Lille, un détachement de cuirassiers et de chasseurs du roi suivirent Louis XYI1J jusqu’à la frontière. Le Roi était à Ostende le 24 mars. On ne saurait douter que sa ferme résolution ne fût de se rendre en France, comme le témoigne le passage d’une lettre adressée ce jour même par le comte de Rlacas à lord Castlereagh : « Le Roi est venu ici dans l’intention d’attendre des nouvelles de sa maison militaire. Dans cette attente, le Roi ne peut prendre aucune détermination ultérieure, mais l’intention de Sa Majesté est de tenter tous les moyens pour aller de nouveau en France, animer par sa présence ses fidèles sujets 2 * * S.. » Le 26 mars, à huit heures du soir, Louis XV1I1 allait partir pour se rendre à Dunkerque, lorsqu’il apprit que Monsieur lui-même était entré sur le territoire belge avec une faible partie de sa colonne. Ce fut avec un inexprimable serrement de cœur que Louis XVIII renonça # à sa résolution de demeurer en France : « J’avais espéré, répétait-il, mourir dans ma patrie! » Il se dirigea alors vers (iand.
Le comte d’Artois et son fils avaient appris le 24 mars au malin que le Roi avait quitté Lille, mais sans recevoir la dépêche
1. Le duc d'Orléans resta plusieurs heures à Lille après le Hoi , et faillit être arrêté, cotnuie l'indique la lettre suivante écrite par ce prince à Louis XVIII, et dont l'original est sous nos yeux : « Sire, disait-il, c’est un soulagement pour mon cirur, au milieu des malheurs qui nous accablent , que d'avoir à Taire connaître à Votre Majesté un beau trait de plus du duc de Trévise. Avant votre départ, une dépêche télégraphique lui enjoignait de faire arrêter tous les üourbons. Peu après votre départ, il arriva devant Lille un ofllcier d'état-major que le maréchal se fit amener, ('.et ofllcier était chargé de s’assurer de nos personnes et en portait l’ordre ofllciel du nouveau ministre de la guerre prince d'LcWmuhl. Mais le maréchal s’assura de la sienne (tic) jusqu’à ce qu'il m'eut su loin des frontières. Je les ai passées ce matin à trois heures et quart , et je suis heu-
reusement arrivé à Tournay. »
Celle lettre est datée de Tournay, le 24 mars 18 là. ( Papiers politiques de
M. de Blacas.)
S. Papiers politiques de M. de Blacas.