‹ Histoire de la RestaurationChapitre 88 sur 325 · LA PETITE ARMÉE ROYALE A LA FRONTIÈRE · texte numérisé non relu

LA PETITE ARMÉE ROYALE A LA FRONTIÈRE

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qui leur prescrivait de se diriger sur Dunkerque. Apprenant l’entrée du Roi sur le territoire belge et n’ayant aucun ordre, les princes et le maréchal Marmont considérèrent la partie comme perdue, puisque le Roi avait quitté le territoire français, et se résignèrent eux-mémes à sortir de France. 11 fallait se hâter si l’on voulait ne pas être coupé par les partis impériaux dont on annonçait de tous côtés l’approche, et par la cavalerie du général Excelmans, qui n’avait cessé de suivre la colonne. On résolut de se diriger vers Ypres ; c’était la \ ille belge la plus voisine. La route la plus courte traverse le pays de Lalleu, ancien marais mal desséché ; malgré l’avis des autorités et des habitants, qui s’accordaient à représenter ce chemin comme impraticable, surtout dans cette saison, on se détermina à le prendre. La colonne fut partagée en deux corps. La cavalerie, au nombre de quinze cents chevaux à peu près, se mit en mouvement la première, et s’engagea le 25 mars, à la première heure du jour, dans la route de la Gorgue et d’Estaires. Bientôt l’avant-garde envoya avertir les princes que les difficultés du chemin augmentaient à mesure qu’on avançait. Ceux-ci ne voulurent pas reculer; cependant, convaincus par leurs propres yeux et par le témoignage de plusieurs officiers qui avaient fait les campagnes de Pologne et de Russie, et qui affirmaient n’avoir jamais rien vu de semblable, ils envoyèrent donner contre-ordre à l’infanterie restée à Béthune. La petite armée royale se trou\a réduite ainsi à la cavalerie. On cheminait péniblement sur un terrain fangeux , dans lequel hommes et chevaux s’enfonçaient à mi-jambes. Toutes les voitures y restèrent . Les nouvelles devenaient si alarmantes qu’on ne crut point pouvoir prendre, comme on l’avaitespéré, quelque repos àEstaires.Le lendemain, de grand matin, la colonne arriva à Nieppe, sur l’extrême frontière. Là elle fut rejointe par trois ou quatre cents volontaires, la plupart élèves de l’École de droit, qui s’étaient fait ouvrir les portes de Béthune en menaçant de faire feu si on ne leur livrait

RETOUR DE l'|LK D'ELBE.

pas passage. Ce fut une lueur de joie au milieu de la tristesse générale. On avait devant soi la chaussée qui mène à Ypres. Le comte rassembla dans une chaumière les premiers officiers de chaque corps, et il les chargea de remercier les compagnies de leur dévouement. « Forcés pour le moment de passer la frontière et n’ayant aucun moyen d’existence à leur offrir, nous ne voulons rien leur demander, ajouta-t-il. Nous recevrons avec reconnaissance ceux qui voudront nous suivre, et nous partagerons notre dernier morceau de pain avec eux. »

Ces remerciraeuts étaient mérités. 11 ne dépend pas des hommes de ranger la fortune du côté de la cause qu’ils servent, ils ne peuvent qu’honorer par leur conduite l’adversité de leur drapeau. C’est ce que firent pendant cette marche pénible et périlleuse ces hommes inconnus les uns aux autres la veille, braves ofliciers sortis des armées impériales, vieillards venus de l’émigration, jeunes gens de la maison du Roi nouvellement engagés dans le métier des armes, volontaires de l’École de droit, tous animés par des mobiles peut-être différents, mais également respectables : l’austère devoir, l’honneur français, la fidélité au serment et le dévouement à la liberté politique s’unissant dans les jeunes coeurs au dévouement envers la royauté.

Les chefs de corps allèrent reporter à leurs compagnies les paroles du comte d’Artois. Comme il arrive aux hommes engagés dans un grand acte de dévouement, tous s’écrièrent d’abord qu’ils voulaient suivre les princes. Puis la réflexion vint. On se dit que, les ressources manquant, on serait pour eux au dehors plutôt une charge qu’une force. Au dedans, au contraire, on serait plus à portée de servir la royauté, soit dans l’Ouest, soit dans le Midi, si le drapeau blanc y était maintenu. Le duc de Berry parla à tout le monde dans ce sens ; il aimait mieux laisser à la royauté des auxiliaires en France que de donner des compagnons h son exil. La plus grande partie de

LOUIS XVIII ET LE COMTE d’ ARTOIS A GA.ND. 16'.)

la maison du Roi rétrograda jusqu’à Armentières pour y être licenciée ; il ne resta guère auprès des princes que cinq cents hommes décidés à passer avec eux en Belgique.

Après de tristes adieux, on s’achemina vers Ypres. En arrivant à Neuve-Église, on entendit quelques coups de fusil ; c’était un détachement de troupes impériales qui cherchait à forcer le pont jeté sur la Lys, afin de couper le chemin aux princes. Le poste belge résista et la petite colonne royaliste put continuer sa route. A l’approche d’Ypres, il y eut une nouvelle alerte. Les paysans vinrent avertir qu’il y avait un corps français devant la place et que la garnison belge était sous les armes. On reconnut bientôt que c’était un détachement de la petite armée royale arrivé devant Ypres par une autre route, et devant lequel les portes de la ville étaient demeurées fermées. On parlementa avec le gouverneur de cette place, et l’on apprit que scs instructions ne l’autorisaient à recevoir que les princes. 11 fut convenu que le détachement royaliste camperait aux portes d’Ypres, et le prince, aussitôt entré dans la place, expédia un courrier au roi des Pays-Bas, afin de lui demander un asile sur le territoire belge pour ceux qui l’avaient suivi. Le roi Louis XVIII, alors à Ostende, avait fait de son côté une démarche analogue. La réponse arriva le lendemain, elle était favorable. Les débris de la colonne purent donc entrer dans Ypres. Les deux princes les passèrent en revue le lendemain, ils étaient réduits au nombre de trois cents hommes environ, (iand, où Louis XVIII allait se rendre, leur fut assigné pour séjour.

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RETOUR DE l.’lLF. D’ELBE.

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Alinivf.K OR NAPOLÉON » PARIS.

Tandis que les dernières épaves du naufrage de la royauté se trouvaient jetées sur le territoire belge, Napoléon, devant qui les chemins étaient ouverts, continuait sa marche sur Paris. La physionomie de cette ville, dans la matinée du 20 mars, avait quelque chose d’étrange. La nouvelle du départ du Roi, répandue 'dans la matinée, avait surpris tout le monde et rencontré bien des incrédules. Les personnages politiques qui avaient le droit de se croire compromis, ou qui, par prévoyance ou par honneur, craignaient de se commettre avec le nouvel Empire, se hâtaient de quitter Paris. Madame de Staël était partie la veille. M. Latné se rendait à bordeaux pour y rejoindre la duchesse d’Angouléme. M. de Chateaubriand ne se mit en route que le 20 mars à quatre heures du matin, après avoir acquis la certitude matérielle que le Roi avait quitté les Tuileries et se dirigeait vers la frontière du Nord, M. de Montesquieu se rendait à Londres, où M. Bellart, proscrit d’avance par l’acte d’amnistie de Lyon, allait de son côté chercher un refuge. M. de Fontanes se rendait dans un port de la Normandie, résolu à se tenir à l’écart du gouvernement impérial renaissant et à mettre la mer entre lui et Napoléon s’il faisait mine de l’appeler. M. Bourrienne quittait la capitale à la hâte, et M. Ferrand, directeur des postes, recevait de M. de La Valette, qui s’était rendu au siège de son ancienne administration pour avoir, disait-il, des nouvelles de Napoléon, un permis de poste pour s’éloigner de Paris *.

I . C'est l'explication que M. de l.a Valette donne dans sel Mimoirei.

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