‹ Histoire de la RestaurationChapitre 89 sur 325 · NAPOLÉON A PARIS · texte numérisé non relu

NAPOLÉON A PARIS

Comme il arrive dans ces heures de transition, où l’on se trouve entre un gouvernement qui n’est plus et un gouvernement qui n’est pas encore, les journaux, pâles et vides, parlaient de tout excepté des grands événements du jour, le départ du Roi et l’approche de Napoléon. Ils connaissaient cependant, ou du moins ils pressentaient l’un et l’autre, car aucun d’eux ne reproduisait le violent manifeste publié la veille dans le Journal des Débats par Benjamin Constant. C’était un lundi. Comme à l’ordinaire, la population remplissait les rues. On put bientôt remarquer que le grand courant de cette population se dirigeait vers les Tuileries. Elle manifestait une curiosité mêlée d’intérêt. Peu à peu les nouvelles qu’on avait cachées les jourprécédents et celles de la veille se répandirent. On sut la défection du maréchal Ney, la marche rapide de Bonaparte, son arrivée à Fontainebleau, et bientôt la défection des troupes de l’armée de réserve réunies aux portes de Paris. En effet, les troupes de cette armée, qui avaient reçu l’ordre de se replier sur Saint-Denis et de suivre la marche du Roi vers le Nord, n’avaient pas tardé à se mutiner; les Suisses seuls exécutèrent le mouvement. Les cris de vive l'Empereur s’étaient’ fait entendre. Le général Maison, dont le quartier général était à Saint-Denis, voulut* intervenir, mais alors la révolte prit un caractère plus décidé, et le général n’eut que le temps de se jeter sur le cheval d’un lancier d’ordonnance pour échapper à la fureur de cette soldatesque qui menaçait sa vie. Les ofliciers à demi-solde réunis à Saint-Denis avaient eu une grande part à ce mouvement. Entraînant avec eux plusieurs détachements d’infanterie, une batterie d’artillerie et un escadron de cuirassiers, ils se dirigèrent sur Paris, conduits par le général Excelmans , qui , après avoir pris la cocarde tricolore, s’était mis à leur tète.

Üuand ils y arrivèrent, il était environ deux heures après midi. Une foule immense continuait h stationner devant les

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Tuileries; l’aspect général de cette foule était le même que le matin, seulement quelques groupes hostiles disséminés çà et là faisaient entendre des cris de mauvais augure. D’autres groupes se prononçaient en sens contraire, et les collisions éclataient dans cette multitude, quelques heures auparavant silencieusement inquiète. Plusieurs individus peu suivis demandèrent l’ouverture des grilles du Carrousel, fermées depuis le matin. La garde nationale, qui n’avadt pas quitté les Tuileries après le départ du Roi, n’obéissant pas à cette sommation, on entreprit de les forcer, mais les grilles résistèrent. Alors les plus hardis voulurent les escalader. Les gardes nationaux les repoussèrent vivement et demeurèrent maîtres du terrain. Les esprits s'animaient. On commençait à échanger des injures et des menaces. Un conllit allait éclater lorsqu’on entendit un grand bruit dans le lointain.

C’était la colonne commandée par le général Excelinans et qui , grossie par un certain nombre d’ouvriers recrutés dans les faubourgs, s’avançait vers les Tuileries. La garde nationale tenait bon et n’ouvrait pas les grilles ; mais le général Excelmahs, ayant demandé à parlementer, fit comprendre aux défenseurs du château ce qu’il y avait de peu raisonnable dans une lutte désormais sans but, puisque le Roi était parti et l’armée passée tout entière sous les drapeaux de Napoléon. Alors les portes furent livrées, les gardes nationaux se retirèrent, et l’on vit bientôt le drapeau blanc disparaître, et le drapeau tricolore se relever sur le dôme des Tuileries, aux applaudissements de la colonne venue à la suite du général Excelmans et des groupes bonapartistes qui stationnaient dans la cour du Carrousel.

Ainsi l’entreprise de Bonaparte conservait jusqu’au bout son caractère. C’était la force militaire qui l’avait commencée sur le littoral du golfe Juan; c’était encore la force militaire qui l’avait accueillie et aidée devant Grenoble, à Lyon, à Lons-

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