‹ Histoire de la RestaurationChapitre 91 sur 325 · NAPOLÉON AUX TUILERIES · texte numérisé non relu

NAPOLÉON AUX TUILERIES

d’Elbe; non pas la rentrée d’un souverain dans sa capitale; mais la rentrée de César porté dans les bras de ses légions. Le peuple qui l’y accueillit , ce fut son peuple militaire, l’armée ; les acclamations qui l’y saluèrent, sortirent des poitrines de ses anciens compagnons d’armes. Ce fut une seène de famille entre les soldats et leur général; — Paris n’y assista pas. Cette entrée nocturne et presque furtive, cette absence de la population allaient produire sur l'opinion de la France et de l’Europe une impression défavorable à la cause de Napoléon. Puisqu’il entrait ainsi de nuit à Paris, c’était donc qu’il craignait de laisser voir h la France et à l’Europe la manière dont il y aurait été reçu en plein jour ! S’il ne conviait point la population parisienne à la fête de son retour, c’était donc qu’il se défiait de ses dispositions! Il y avait là un fâcheux présage pour la suite de son entreprise.

Ainsi se terminait le retour de Elle d’Elbe, cette aventure exaltée par les uns comme un coup uc génie, qui, favorisé par l’assentiment unanime de la population, ramenait Napoléon en vingt-deux jours de File d’Elbe aux Tuileries, sans qu’une amorce eût été brûlée, sans qu’une goutte de sang eût été < versée ; dénoncée par l’opinion contraire comme le résultat d’une conspiration tramée de longue main et à laquelle la plupart des fonctionnaires et des chefs de corps avaient d’avance adhéré. La vérité historique n’est ni dans l’un ni dans l’autre de ces deux extrêmes. La conspiration exista, mais elle ne fut point aussi générale qu’on l’a dit, et les complicités préméditées furent beaucoup moins nombreuses que les complicités spontanées. La témérité de l’entreprise de Napoléon était plus apparente que réelle. 11 descendit avec mille hommes seulement sur le sol de France pour reconquérir le trône, mais ces mille hommes étaient à lui à la vie et à la mort, et dans cette armée nombreuse que l’Empire avait prêtée à la Restauration, sans la lui donner, il n’y avait pas une seule

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compagnie d'infanterie, un seul escadron de cavalerie dont Louis XVIII pût être sûr en la présence de Napoléon. Cette troupe de l'ile d’Elbe, si faible en apparence, était donc en réalité plus forte que l’obstacle militaire que Louis XVIII pouvait lui opposer. Quant au reste de la nation , on sait ce que pèse le nombre inorganisé devant une minorité organisée, la faiblesse devant la force, et Napoléon, sans se laisser étourdir par quelques acclamations, jugeait sainement la part que la nation avait prise à son succès, lorsque, le lendemain même de son retour, il disait à M. Mollien, qui le félicitait de l’assentiment unanime avec lequel il avait été accueilli sur son passage : « Assez, assez, mon cher, le temps des compliments est passé; ils m’ont laissé arriver, comme ils les ont laissés partir. » Quant à la Restauration, elle commit plutôt encore des fautes d’imprévoyance avant le commencement de l’entreprise que des fautes de conduite dans l’action. Il aurait fallu prévoir que Napoléon ne se résignerait pas à demeurer longtemps à l’étroit sur un Ilot de la Méditerranée, entre la France et l’Italie qu’il avait gouvernées quatorze ans, et qu’il prendrait un jour ou l’autre son vol pour s’abattre sur notre rivage. Une croisière de surveillance mieux organisée, assez puissante et assez nombreuse pour rendre son passage plus difficile, car avec la libellé de navigation et l’indépendance de pavillon dont jouissait Napoléon comme souverain de l’Ue d’Elbe, nul ne pouvait répondre de le rendre impossible; une force tirée de la maison du Roi, ou formée de volontaires de l’Ouest et du Midi et des régiments suisses, et placée sous les ordres d’un homme d’énergie et de décision sur le rivage qui regarde la plage de Elle d’Elbe, dans la prévision que les soldats qui avaient combattu si longtemps sous les ordres de Bonaparte ne résisteraient pas à sou ascendant; une ligne télégraphique établie sur les poiuts principaux du littoral et venant se relier à celle de Lyon ; voilà à peu près les seuls obstacles que la prévoyance

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