‹ Histoire de la RestaurationChapitre 93 sur 325 · ARDEUR DE BORDEAUX. — DOUTE» SUR I.' ARMÉE · texte numérisé non relu

ARDEUR DE BORDEAUX. — DOUTE» SUR I.' ARMÉE

chements pour éviter les mouvements spontanés. Il insistait même pour qu’on les licenciât, si la chose était possible, sauf à incorporer dans les cadres des volontaires royaux les soldats de bonne volonté. Le général Decaen, qui avait d’abord combattu cette idée comme peu militaire, l'accepta ensuite comme politique, eu reconnaissant qu’il n’était pas possible de répondre de la fidélité des troupes si l’on en venait à une lutte armée ; mais, après avoir pressenti les officiers, il revint bientôt dire qu’il la regardait comme encore plus impraticable qu’utile. 11 était convaincu eu effet que si on tentait de l’appliquer, ou provoquerait le soulèvement militaire qu’on voulait prévenir. Il fallut se borner à des palliatifs. On convint que l’on diminuerait de cinq cents hommes la garnison du fort de Blaye, et qu’on y ferait entrer un nombre à peu près égal de gardes nationaux. O11 résolut d’opérer le même changement dans la garnison du fort de Bordeaux, mais les événements marchèrent si vite que ces résolutions ne^ furent qu’à demi exécutées ou demeurèrent en projet. Un courrier de l’ambassade d’Espagne traversait Bordeaux se rendant à Madrid, on lui remit des dépêches pour M. de Laval, ambassadeur de France, auquel on prescrivait de réclamer du roi d’Espagne, à titre de parent et d’allié, l’envoi d’yn corps d’armée de quinze à vingt mille Espagnols, destiné à opérer de concert avec les troupes royales. Le général Decaen, d’abord contraire à cette mission, finit par s’y rallier. Dans la crainte que l’argent ne manquât, on fit une démarche pour obtenir du consul d’Angleterre une somme de 800,000 francs déposée en ses mains jusqu’à la décision de l’autorité administrative, parce qu’elle résultait de droits litigieux payés sous toutes réserves par ses nationaux pour l’entrée de leurs marchandises. Le consul n’hésita pas à remettre cette somme sur l’invitation de madame la duchesse d’Angoulème, qui appuyait de sa forte volonté toutes les mesures adoptées.

DETOUR DE l.’lLE D’ELBE.

M. Laine, arrivé de Paris le 24 mars, assistait aux dernières réunions où fut arrêté l’ensemble du plan de défense ; il prêta aux résolutions prises le concours de ses lumières, de son caractère énergique, de sa grande position à la Chambre, et la juste autorité attachée à son nom. Il fut convenu qu’on chercherait à maintenir les troupes, qu’on prescrirait l’organisation des volontaires, que M. de Yitrolles écrirait au nom de la duchesse d’Angoulême aux quarante préfets des départements de la rive gauche de la Loire et de la rive droite du Rhône, pour leur annoncer qu’il allait établir à Toulouse, selon les ordres du Roi, le centre de l’administration des provinces restées fidèles, et que le comte d’Artois viendrait bientôt \ prendre la direction des affaires. C’était tout ce qu’on pouvait faire dans ces circonstances extrêmes. Madame la duchesse d’Angoulême, qui soutenait par son grand cœur les autorités civiles, arrachait l’admiration des autorités militaires et excitait l’enthousiasme de la population, qui la regardait comme le drapeau vivant de la monarchie, demeura à Bordeaux. TW. de Yitrolles partit pour Toulouse le 23 mars.

A Agen, à Montouban, il trouva les populations ardentes et bien disposées, les autorités administratives énergiques et dévouées, et n’arriva à Toulouse que dans la nuit du 23 au 26 mars. M. de Saint-Aulaire était préfet de la ville. C’était un homme d’un esprit élevé, d’un caractère honorable, mais qui, par ses précédents politiques aussi bien que par sa nature calme et un peu froide, restait étranger à la passion royaliste dont les populations qu’il administrait étaient animées. Dans les circonstances où Ton se trouvait, ce défaut d’unité entre l’administrateur et les administrés était un inconvénient. Il s’expliqua franchement avec M. de Yitrolles , ne surfit point son dévouement, et ne lui donna que la parole qu'il voulait tenir, celle d’être ferme jusqu’au bout dans la ligne de son devoir tracée par son serment au Roi. Il ne dissimula pas du

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