TOULOUSE : SI. DE VITBOI.LES
reste à M. de Vitrolles les difficultés de sa mission. Celui-ci s’aperçut bientôt que le préfet du département de la Haute- Garonne n'avait rien exagéré. Le lendemain même de son arrivée, M. de Vitrolles voulut, comme à Bordeaux, réunir les autorités judiciaires, militaires et civiles. Il espérait, en leur adressant de vives et chaleureuses paroles, les préparer à lui donner un utile concours ; mais il 11e retrouva pas à Toulouse l’enthousiasme et l’ardeur qu’il avait trouvés à Bordeaux. La nouvelle du départ du Roi quittant Paris pour se rendre à la frontière avait glacé tous les courages officiels, en faisant tomber les espérances. La population seule conservait l’ardeur de ses sentiments royalistes, et regardait d’un œil de défiance les autorités, sur la fermeté desquelles elle comptait peu. Les paroles de M. de Vitrolles , confiantes au début, finirent par se ressentir de la froideur avec laquelle elles étaient accueillies par cet auditoire de fonctionnaires. 11 éprouvait cette gène qui, h la longue, paralyse l’élan de l’orateur quand l’assemblée iTest sympathique ni à ses sentiments ni à ses idées, et son accent prenait malgré lui un caractère offensif. Un morne silence succéda d’abord à ce discours, puis le général Delaborde, commandant la division militaire, articula quelques paroles vagues et sans suite, dans lesquelles il promit la fidélité de l’armée , mais en ajoutant d’une voix plus élevée : « Nous ne voulons pas de guerre civile. » M. de Vitrolles lui demanda vivement s’il entendait par guerre civile la défense légitime du gouvernement du Roi attaqué par l’usurpateur. Les esprits commençaient à s'échauffer, et une vive altercation semblait sur le point de naître, lorsque M. de Saint-Aulaire, serrant légèrement le bras de M. de Vitrolles, l’avertit de ne pas se laisser aller à sa juste impatience. Celui-ci ramena la conversation à des termes généraux, et congédia l’assemblée, après avoir enjoint au général Delaborde de se rendre dans son cabinet pour lui donner des
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renseignements sur les ressources militaires de sa division. Cette conversation acheva de le convaincre qu’il n’y avait pas à compter sur le concours effectif du général , et qu’on devait môme prévoir sa défection pour le jour où elle serait favorisée par les circonstances. C’est ainsi que l'élément militaire manquait partout à la défense que tentaient les royalistes.
M. de Vitrolles, sans se laisser abattre , se promit de surveiller de près le commandant de la division militaire, et un peu plus tard il réussit , autant que possible , à diminuer les fâcheux effets de sa mauvaise volonté, en déterminant le maréchal Pérignon, qui habitait une terre à quinze lieues de Toulouse, à se rendre dans cette ville et à accepter le titre de commandant en chef des forces royalistes. La présence de cet ancien militaire, dont la capacité n’égalait pas le dévouement, permit au moins de prendre vis-à-vis des troupes quelques mesures qui n’auraient pas été acceptées si le maréchal n’y avait pas mis son attache. .Malgré ce concours, la tâche de M. de Vitrolles était hérissée de difficultés. Il apportait la nouvelle du succès complet de celui qu'il s’agissait de combattre; il lui fallait à la fois enthousiasmer et organiser les populations, deux choses bien différentes sinon tout à fait inconciliables. Il agissait au nom de M. le duc d’Angoulême, qu’il n’avait pas même pu consulter, car le temps lui manquait. Il publiait , dans un Moniteur improvisé pour la circonstance, des mesures politiques et des actes publics au nom du prince, sans pouvoir soumettre à son approbation les pièces qui paraissaient revêtues de sa signature. Il y avait dans tout ce qu’on faisait quelque chose d'anormal et de hasardeux qui sentait l’aventure. C’était une gageure que l’audace et l’énergie pouvaient offrir à l’inévitable coure des choses, mais qu’elles ne pouvaient gagner.
Au lieu des quarante-cinq préfets du Midi et de l’Ouest avec lesquels M. de Vitrolles espérait lier des rapports, il ne put