‹ Histoire de la RestaurationChapitre 95 sur 325 · ÉCHEC DES ROYALISTES DANS L’OUEST · texte numérisé non relu

ÉCHEC DES ROYALISTES DANS L’OUEST

guère en rattacher que dix ou douze à l’organisation tant bien que mal ébauchée à Toulouse. Des receveurs généraux auxquels il écrivait lettre sur lettre pour leur prescrire de diriger des fonds sur Toulouse, hésitaient devant la responsabilité financière et même politique qu’ils craignaient d’encourir, car ils recevaient des ordres directement contraires de Paris. On ne recevait point de réponse du duc d’Angoulême, tout entier à la lutte active qui avait déjà commencé. Les nouvelles qui arrivaient chaque jour aggravaient cette situation déjà si mauvaise ; les espérances tombaient et l’élan se ralentissait.

C’est ici le moment de' raconter l’écroulement successif de toutes les parties de cette organisation plus idéale que réelle, sur laquelle M. de Vitrolles avait essayé de compter pour autoriser à ses propres yeux son plan de résistance.

Le maréchal Gouvion-Saint-Cvr était parvenu à ressaisir un moment l’autorité sur les troupes à Orléans , et leur avait fait quitter la cocarde tricolore, qu’elles avaient déjà arborée. Mais peu de temps après, quand la nouvelle du départ du Roi et celle de l’arrivée de Bonaparte à Paris furent connues, il lui fut impossible de maintenir ses soldats, et il échappa à grand’peine à leurs armes tournées contre lui.

Le duc de Bourbon était arrivé à Angers le 1 4 mars, et sa présence y avait excité un vif enthousiasme. Les chefs des vieilles guerres avaient reparu autour de lui. Le prince était arrivé sans argent, et là comme partout il fallut recourir à l’expédient précaire et insuffisant des dons volontaires. Les membres du conseil général de Maine-et-Loire et beaucoup de propriétaires engagèrent la totalité de leur fortune pour répondre des sommes qui seraient fournies au prince. Les villes semblaient disposées à se déclarer en faveur de la cause royale. Cependant les provinces de l’Ouest n’étaient point dans des conditions aussi favorables pour une prise d’armes qu’à

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l’époque des grandes luttes contre la Révolution *. L’aspect des populations n’avait pas changé ; mais désarmées successivement sous le Directoire, l’Empire, et récemment sous le ministère du maréchal Soult, par les ordres du gouvernement, qui -avait craint des troubles dans l’Ouest, jamais elles n’avaient manqué à ce point d’armes et de munitions. En outre, depuis 1803, la conscription avait enlevé à ces provinces, comme au reste de la France, l’élite de leurs enfants. On ne pouvait donc guère compter, en 18Io, que sur les vieux soldats des armées royales, tous mariés et pères de famille, et sur le petit nombre de militaires qui se détacheraient de leurs corps pour suivre le drapeau blanc, recrues mal préparées au genre de guerre que faisaient les paysans.

A ces diflicultés, inhérentes à la situation , les instructions données au duc de Bourbon par le gouvernement eu ajoutaient de nouvelles. Elles portaient l’empreinte des préoccupations de la plus grande partie du cabinet, qui, à l’exemple de l’abbé de Montesquiou, ne voyait de chances de salut qu’en se jetant dans les bras du parti constitutionnel , et craignait de se compromettre auprès de lui en faisant un appel à la Vendée militaire. D’après ces instructions, le prince ne devait employer que des moyens indiqués à l’avance pour lever les volontaires royaux, et le commandement de ces levées ne devait être confié qu’à des officiers de ligne. 11 donna donc l’ordre, en arrivant à Angers, de lever dix-huit mille volontaires royaux, de les réunir, de les organiser dans les chefs-lieux, et de les diriger sur Orléans pour rejoindre l’armée du maréchal Gouviou Saint-Cyr. Ces levées devaient avoir lieu par catégories, d’abord les soldats en congé ou rentrés dans leurs foyers, puis

t. Non* suivons [jour tonte colin partie les documents contemporains et les Mimoiret inédits du général comte d'Andigné, ipie nous avons sous les yeux, et ilont nous devons l'oliligcanlc communication à la bienveillance de madame la comtesse d'Andigné, sa veuve.

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les hommes de bonne volonté, enfin quelques recrues de chaque canton.

Les auteurs de ce plan avaient profondément méconnu le caractère des circonstances, qui imposaient la nécessité d’agir vite, la nature du milieu dans lequel il fallait agir, et la nécessité d’approprier l’action à la population sur laquelle elle devait s’exercer. 11 y avait un moment favorable qu'il fallait saisir pour faire un appel en masse aux populations, et grouper surle-champ autour du duc de Bourbon un noyau imposant de. forces qui, donnant des chances de succès à son entreprise, aurait multiplié autour de lui les adhérents. An lieu de cela, on employait des moyens méthodiques et lents, applicables ailleurs, inapplicables sur cette terre de passion royaliste et de résistance armée à la Révolution. Les soldats des vieilles guerres voulaient, pour marcher, suivre leurs anciens chefs, au sang desquels ils avaient mêlé leur sang sur les champs de bataille. Le duc de Bourbon ayant consulté un d’entre eux, le général d’Audigné, qui arriva vingt-quatre heures après lui à Angers, sur la conduite à tenir, celui-ci proposa au prince de réunir à Angers le plus promptement possible les armes et les munitions qu’on pourrait se procurer, et s’engagea, si le prince voulait lui donner des pouvoirs pour lever des hommes dans les départements de Maine-et-Loire, de la Mayenne, de la Sarthe et de la Loire-Inférieure, à lui amener en quatre jours quatre mille vieux soldats. « M. d’Autichamp, ajoutait-il, en réunira facilement de son côté un pareil nombre sur la rive gauche, ce serait un noyau d’hommes armés et équipés autour duquel il serait facile de rallier tous les paysans capables de porter un fusil. Votre Altesse se trouverait ainsi entourée, en peu de jours, d’une armée sur laquelle elle pourrait compter. » Le comte de Renilly fit observer qu’on ue pouvait faire de levée que par des moyens constitutionnels. Il en résulta que, ne pouvant faire la seule chose qu’il y eût à faire, on ne fit rien.

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A mesure que les chances de la monarchie s’affaiblissaient, on voyait diminuer le zèle des autorités, qui d’abord avait été très-vif; elles appréhendaient de se compromettre auprès du gouvernement du lendemain ; et, comme il arrive à tous les pouvoirs dans des circonstances semblables, c’était au moment où le concours énergique et franc des fonctionnaires eût été le plus nécessaire au duc de Bourbon, qu'il pouvait le moins y compter. La garnison de la ville donnait de graves sujets d’inquiétude. Lorsque la nouvelle de l’entrée de Bonaparte à Paris arriva à Angers, un abattement profond remplaça parmi les royalistes l’enthousiasme que la présence du prince avait fait naître. Les soldats commençaient à prendre ostensiblement la cocarde tricolore; les volontaires n’étaient pas armés : la résistance devenait donc impossible. Le duc de Bourbon crut devoir se retirer à Beaupréau, pour y attendre les munitions et les armes dont le pays manquait. La lettre que M. de Yitrolles lui avait écrite de Poitiers ne lui parvint pas ; quand elle arriva à Angers, le prince en était parti; elle tomba dans les mains du eolonel Noireau, commandant la gendarmerie, qui l’envoya à Paris, et aussitôt qu’elle fi t mise sous les yeux de l’Empereur, l’ordre d’arrêter le duc et la duchesse d’Augoulême, ainsi que M. de Yitrolles, fut expédié par le télégraphe.

L’entrée de M. le duc de Bourbon en Vendée semblait calculée de manière à y porter plutôt le découragement que l’espoir. Le prince arriva à Beaupréau de nuit et par des chemins détournés, comme un fugitif et non comme un chef militaire qui vient faire appel au courage d’une population éprouvée. Il voulait cependant adresser cet appel. Mais, à la différence des populations méridionales , les populations de l’Ouest, plus tenaces dans la résistance, ont besoin de plus de temps pour se mettre en mouvement. Les chefs vendéens qui connaissaien le mieux leurprovince, et parmi eux le comte d’Autichamp, qui avait rejoint le prince le 24 mars , ne voyaient pas , dans l’état

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