PARTIS DIVERS OFFERTS AU DUC DE IIOURRON
de consternation où le départ du Roi et l’entrée de Bonaparte à Paris avaient jeté les esprits, de chances immédiates de mettre les Vendéens sur pied. Ces deux événements, qui contristaient et décourageaient les populations des campagnes, exaltaient l’enthousiasme des troupes, et une partie des habitants des villes favorables aux idées de la Révolution formaient des détachements de volontaires et se joignaient aux soldats pour fouiller le pays. En présence de cette situation, les chefs vendéens reconnurent qu’il fallait laisser passer ce premier moment de découragement, et remettre la prise d’armes à un instant plus propice. « Je pouvais en quatre jours soulever tout le pays, disait le général d’Andigné au prince, je ne le pourrais plus en moins de six semaines. » 11 l’engageait donc à se séparer de sa suite et à rester caché dans la campagne. Entouré d’une soixantaine d’honunes déterminés, et dans une contrée peuplée de gens dévoués et sûrs , il mettrait constamment en défaut toutes les recherches, mais il lui faudrait braver beaucoup de fatigues et quelques dangers, et changer souvent de gîte par des marches nocturnes. La rive droite de la Loire lui offrirait les mêmes ressources que la rive gauche. Les Vendéens, momentanément abattus, se ranimeraient promptement à la nouvelle des dangers bravés parmi membre de la famille royale ; on parviendrait à se procurer dans les villes les armes et les munitions nécessaires, et le duc de Bourbon serait à portée de saisir les circonstances favorables.
Le prince parut d’abord disposé à accepter ce parti : la pensée chevaleresque d’associer sa destinée à celle de la Vendée, qui avait tajit combattu, tant souffert pour la maison de Bourbon, semblait lui sourire; il témoigna seulement la crainte que sa présence n’attirât de grands maux sur le pays. La conversation s’était prolongée fort avant dans la nuit, et quand le général d’Andigné quitta le prince, celui-ci n’avait pas encore arrêté d’une manière définitive sa résolution. Son entourage
RKTOCn DK. l.'ll.E D ELBK.
était contraire à la généreuse pensée qui Taxait séduit; il voyait avec une sorte de jalousie l'influence des anciens chefs dans les campagnes; cette guerre d'un nouveau genre, qu'on ne peut faire sans une parfaite connaissance des localités, lui répugnait. Le lendemain, le général d'Andigné apprit parle comte de Reuilly que la vie errante qu’on avait proposée au duc de Bourbon n’avait pas paru convenir à un prince du sang, et que Son Altesse s’était décidée à quitter la France. Elle avait même envoyé le comte d’Auteuil, un de ses aides do camp, demander au colonel de gendarmerie Noireau, qui avait pris le commandement à Angers après le. départ du général d’Autichamp, les passe-ports que cet officier de gendarmerie lui avait fait offrir pour sortir de France avec sa suite.
Comme il arrive dans les circonstances difficiles, les avis les plus contradictoires se produisaient. Le maréchal de camp Chauvigny de Blot, commandant T École de La Flèche, proposait que tous les gentilshommes du pays montassent à cheval et escortassent le prince jusqu’à la frontière d’Kspagne, les armes à la main, réminiscence chevaleresque, mais impraticable, des chevauchées féodales. Le général d’Andigné insista sur le danger de se confier aux passe-ports venus d’Angers; il n’eut pas de peine à démontrer l’impossibilité de l’autre proposition. 11 conseilla au duc de Bourbon de se séparer de sa suite le plus lût qu’il pourrait, et, tandis qu’elle continuerait ostensiblement sa route vers la frontière d’Espagne, de ne garder avec lui que le comte de Reuilly, et de s’embarquer pour l’Espagne, en se reposant sur M. de Siusannet, l’homme qui connaissait le mieux la côte, du soin de préparer son départ. M. de Suzannet se mit aussitôt à la disposition du prince, en faisant observer que le plus strict incognito était une condition essentielle pour le succès. La fausse nouvelle de la marche des dragons d’Ancenis décida le duc de Bourbon à