LIVRE VINGT-HUITIÈME
de Fouché et de ses collègues pour avoir une négociation en faveur du fils de Napoléon; s'il était obtenu, il donnait à la France un avant-goût de la paix qu'elle désirait avec trop de passion pour renouveler la guerre à l'expiration de la suspension d'armes, et il donnait le temps aux germes d'impérialisme de mourir dans Paris, et aux germes de restauration de se développer, de mûrir et d'envahir tous les esprits.
Fouché, par cette feinte espérance de succès qu'il n'avait pas dans une négociation impossible, ne se trompait pas lui-même; mais il trompait tous les partis, impérialiste, républicain, libéral ou orléaniste. Tout indique qu'à l'exception du ministre des affaires étrangères Bignon, et de d'Argenson, homme facile à tromper par sa candeur, les autres négociateurs avaient le mot de Fouché et qu'ils ne tendaient en réalité qu'à un but, l'armistice. Tout ce qu'on a écrit alors et depuis sur les prétendues espérances de cette négociation est une illusion que ces diplomates ont voulu prolonger, au delà de l'événement , sur le parti bonapartiste ou sur le parti orléaniste en France. Le mot de l'histoire est dans la volonté des alliés et dans la volonté de Fouché. Ni les alliés vainqueurs, ni Fouché vendu par l'intérêt de son ambition à Louis XVIII, ne voulaient autre chose que la restauration de la maison de Bourbon.
Fouché conduisait à la fois une triple négociation : officielle auprès des alliés, par les négociateurs dont nous
venons de raconter la mission ; confidentielle auprès de lord Wellington , qu'il engageait à peser sur la cour de Gand dans le sens des déclarations les plus libérales à faire à la France ; intime enfin auprès de Louis XVIII, à qui il voulut envoyer M. de Vitrolles pour le presser de se jeter entre son peuple et les étrangers. M. de Vitrolles, — dont nous avons vu le rôle de négociateur volontaire et officieux en 1814 entre les royalistes de Paris et le comte d'Artois , — avait acquis une certaine importance par son activité et son insinuation entre tous les partis dans la cour du comte d'Artois. Chargé par le roi, peu avant le 20 mars, d'aller insurger Toulouse contre l'empereur, il y avait réussi quelques jours; mais, arrêté bientôt par le général Chartran, et conduit à Paris pour y être jugé, il avait été enfermé à Vincennes. Ses rapports avec Caulaincourt et avec Fouché lui firent rendre la liberté, sur les instances de sa femme, aussitôt après l'abdication de l'empereur. Fouché le chargea, le jour même où il nommait des négociateurs auprès des puissances pour écarter les Bourbons, d'aller inviter Louis XVIII à précipiter son retour en France.
« Vous voyez , lui dit-il , que les embarras de la situa- » tion sont suprêmes. Je joue ma tête tous les jours de- » puis trois mois pour la cause de la France, de la paix » et du roi. La Chambre vient de proclamer Napoléon II. » C'est un acheminement aux Bourbons. C'était un degré » à descendre : ce nom impossible rassure les hommes » simples et systématiques qui s'imaginent, comme mon » collègue Carnot , que le salut de la France et de la li- » berté est dans cette chimère d'empire libéral sous un » enfant prisonnier de l'Europe. 11 faut les laisser tra-