‹ Histoire de la RestaurationChapitre 9 sur 193 · LIVRE VINGT-HUITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-HUITIEME

nions patriotiques le plus de gages apparents de l'indépendance du pays. C'était Sébastiani, à la fois diplomate et militaire , longtemps dévoué à l'empereur, maintenant détaché, aigri, allié à la haute aristocratie bourbonienne par la maison de Coigny dont il avait épousé une fille , et trop intelligent pour ne pas comprendre qu'entre Louis XVIII et Napoléon il n'y avait que des chimères et des impossibilités ;

D'Argenson, homme de bien et de patriotisme, sans répugnance contre les Bourbons, dont sa haute naissance le faisait le client naturel, mais assez indépendant de caractère pour sacrifier au besoin sa naissance même à ses opinions presque radicales ; homme du reste facile à tromper par ses vertus ;

Pontécoulant, cœur honnête, raison froide, âme sans fanatisme et sans préjugés, anciennement à la cour, plus tard à la révolution modérée, quelque temps à l'Empire, toujours à l'honneur étoile constante de sa vie. Il était plus capable que personne de ménager la dignité de sa patrie en cédant aux nécessités du temps et en acceptant une restauration libérale qui ne répugnait ni à son nom, ni à ses souvenirs ;

Laforêt, ancien ambassadeur de la république et de Napoléon , convaincu de la nécessité de la paix et capable de la négocier, si la négociation avait eu des bases;

La Fayette enfin, un des hommes qui s'étaient le plus acharnés contre Napoléon abattu pour l'empêcher de se relever, trompé , après sa chute , dans le vague espoir qu'il avait eu d'élever une république sur ses ruines, ajournant son rôle à un autre temps, toujours patient, toujours trompé, toujours épiant son heure, et ayant

accepté, dans cette négociation illusoire, une ombre de rôle qui ne répugnait pas à l'importance de son nom.

Benjamin Constant, ami de La Fayette et de Sëbastiani, désorienté à la fois dans l'opposition libérale qu'il avait trahie et dans la faveur impériale qui s'écroulait sous lui, fut nommé secrétaire de ce congrès de négociateurs. C'était pour cet homme à tant de Lcces un moyen habile de paraître servir, à la fois, un reste de cause napoléonienne dans la cause de la patrie et de la paix. Interposé, aux yeux des patriotes, entre la France et l'étranger, il ressortait ainsi des ruines du 20 mars et de Waterloo par la porte d'une capitulation où il paraîtrait du moins avoir stipulé pour la liberté. Il était trop clairvoyant pour voir autre chose dans ce simulacre de négociation.

Les instructions données par la commission de gouvernement à ces négociateurs portaient que la base de leur négociation serait l'intégrité du territoire français, l'exclusion des Bourbons, la reconnaissance de Napoléon II. Dans le cas où ces trois bases ne pourraient être acceptées par les alliés, les négociateurs devaient concentrer tous leurs efforts pour obtenir un armistice. La première partie de ces instructions n'était, évidemment, qu'une lettre morte destinée seulement à endormir quelques jours le peu qui restait de passion bonapartiste dans les Chambres et dans le peuple. L'armistice était la seule chose sérieuse. Cet armistice, s'il n'était pas obtenu, témoignerait du moins aux yeux des Chambres des efforts

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