‹ Histoire de la RestaurationChapitre 11 sur 193 · LIVRE VINGT-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-HUITIÈME

)> verser quelques jours cette illusion, cela durera le temps » nécessaire pour nous débarrasser de Napoléon. Carnot » et ses amis se payent de vains mots , pourvu que ces » mots leur rappellent la liberté et le patriotisme. Après » cette période des partisans surannés de Napoléon II , » viendra celle des partisans du duc d'Orléans. Ce prince, » ajouta Fouché en grossissant avec intention l'importance de cette faction aux yeux de M. de Vitrolles , « compte » ici de nombreux partisans. »

Cette faction, très-circonscrite alors, n'avait de valeur que dans quelques réunions de diplomates et d'impérialistes pressés de concilier leur défection à l'Empire avec leur répugnance aux Bourbons. Elle n'inquiétait pas sérieusement Fouché, mais elle lui servait à relever le prix de ses services auprès du roi par l'exagération des obstacles qu'il voulait se donner l'honneur de vaincre pour sa cause.

M. de Vitrolles , alarmé par cette fausse confidence de Fouché , refusa d'aller à Gand , pour rester à Paris et pour y surveiller, dans l'intérêt de Louis XVIII et du comte d'Artois, les prétendues menées de la faction d'Orléans. C'était tout ce que voulait Fouché. Il avait assez d'autres intermédiaires confidentiels à Gand entre lui et les princes, et il savait bien que M. de Vitrolles ne manquerait pas de faire valoir dans ses correspondances avec le comte d'Artois les dangers du parti orléaniste et le mérite de Fouché. M. de Vitrolles demanda seulement à ce ministre de lui répondre de sa liberté et de sa tête , s'il restait à Paris.

« Votre tête, » — répondit Fouché en souriant , — « comment pourrais-je vous la garantir, puisque je ne

» suis pas sûr de la mienne? Tout ce que je puis faire, » c'est de vous promettre qu'elles tomberont ensemble ! » M. de Vitrolles, homme éminemment propre aux diplomaties secrètes et aux doubles confidences, reçut de Fouché de nombreux passe-ports pour Gand , destinés à ses agents, et l'invitation de venir l'entretenir tous les jours des intérêts du roi.

XIIT.

Avant de partir pour le quartier général des souverains, Benjamin Constant vint prendre congé de l'empereur. Ce négociateur lui ayant demandé quel asile il comptait choisir sur la terre pour achever sa vie loin du trône : « Je ne suis pas encore décidé, » — répondit l'empereur d'un ton d'indifférence à son propre sort, — « la » fuite me répugne; pourquoi d'ailleurs ne resterais-je » pas ici? Que voulez-vous que fassent les étrangers à un » homme désarmé? Je vivrai dans cette retraite avec quel- » ques amis qui resteront attachés , non à ma puissance , » mais à ma personne. »

Il se complaisait dans la description de cette vie paisible et insouciante, comme si la grandeur passée n'avait pas de contre -coup et qu'on descendit de plain-pied du trône dans la vie privée.

« Si on ne veut pas me laisser ici, où veut-on que » j'aille? ajoutait-il. En Angleterre? mais mon séjour y x> sera ridicule ou inquiétant. J'y serais tranquille, qu'on » ne le croirait pas , chaque brouillard serait suspect de » m'amener sur votre côte, on me mettrait hors la loi, je

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