LIVRE TRENTE ET UNIÈME
Murât. — Sa fuite de Naples. — Son arrivée à l'île d'Ischia. — Son aide de camp, le duc Rocca Romana. — Son départ pour la France. — Il débarque à Cannes. — Il offre ses services à l'empereur. — Refus de Napoléon. — Terreur dans le Midi. — Murât quitte les environs de Toulon et se cache.
— Il demande un asile à Louis XVIII. — Il lui est accordé en Autriche. Tentatives de fuite. — Il échoue. — Aventures. — Sa retraite. — Ses dangers. — Il s'embarque pour la Corse. — Périls de la traversée. — Incidents. — Il est recueilli en mer. — Son arrivée en Corse. — Il se retire dans les montagnes. — Situation politique de la Corse. — Murât est sommé de se rendre par le gouverneur de l'île. — Refus. — Le gouverneur envoie une troupe chargée de l'arrêter. — Insuccès. — Projets de Murât.
— Il part pour une expédition à Naples. — Sa marche vers Ajaccio. — Son entrée dans la ville. — Arrivée de Macerone. — Il lui envoie le passe-port de l'Autriche. — Lettre de Murât. — Son départ pour Naples.
— Traversée. — Désertion d'un de ses navires. — Incidents. — Il débarque au port du Pizzo. — Il essaie de soulever la population. — Son arrestation. — Ses derniers moments. —Sa condamnation. —Sa mort. — Jugement sur sa vie.
Mais avant d'entrer dans le récit de ces proscriptions, de ces assassinats, de ces jugements, de ces supplices qui allaient consterner le second retour du roi , pages sinistres que les amis de la restauration voudraient pouvoir déchirer de leur histoire, revenons d'abord sur un de ses plus illustres proscrits , que l'événement des cent-jours entraîna dans sa ruine, et dont la fuite, la tentative et la mort ouvrirent cette période de vicissitudes, de vengeances et de sang. Nous voulons parler de Murât. Sf»
vie, comme celle de Napoléon, n'était pas achevée par la première chute de son trône et par l'abandon de son royaume aux Bourbons de Naples. Il semblait être dans la destinée de ce satellite de Napoléon de s'élever avec lui, de tomber avec lui, de se relever avec lui, et de faire après lui la parodie héroïque d'un second règne, mais pour retomber aussi comme lui non plus dans l'ostracisme, mais dans la tombe.
Nous l'avons laissé, dans les précédents volumes de cette histoire, vaincu, abattu, s'arrachant nuitamment aux embrassements de sa femme, sœur de Napoléon, et de ses enfants, qui allaient fuir sur un vaisseau anglais , se dérobant de son palais lui-même avec deux fidèles compagnons d'infortune , sous des habits empruntés , cherchant une barque de pêcheur sur la côte déjà envahie de son propre royaume , s'embarquant , à la faveur des ténèbres, au cap de Misène, et ramant vers la petite île d'Ischia , où son autorité existait nominalement encore , mais où son drapeau était déjà abattu.
En y arrivant , il coupa ses longs cheveux , auxquels on le reconnaissait parmi les hommes de son royaume et de son camp. Il ne s'y fit point connaître pour ce qu'il était, dans la crainte que file ne le livrât aux Autrichiens, déjà entrés dans Naples, ou aux Bourbons, qui s'approchaient, pour mériter, par sa tête livrée à ses ennemis, le prix d'une trahison. Quelques-uns de ses officiers commandant dans les forts de l'ile eurent seuls la