LIVRE TRENTE ET UNIÈME
Macerone du lieu de sa retraite, les événements se précipitaient, et la terreur qui épiait de Toulon son asile força encore Murât à prendre et à rejeter d'autres résolutions.
Cependant, Fouché, M. de Talleyrand, lord Wellington, M. de Metternich, cédant sans peine aux sollicitations de Murât et aux désirs exprimés par son aide de camp Macerone et le marquis Giuliano , un autre de ses compagnons de fuite, envoyé par Murât à Paris, remettaient à Macerone des lettres et des passe-ports du plénipotentiaire autrichien à Paris, M. de Metternich, autorisant l'ex-roi de Naples à rejoindre sa femme et ses enfants à Trieste, et à résider en sûreté dans les États de l'empereur d'Autriche.
Mais déjà le sort et les pensées de Murât avaient été changés par un de ces hasards funestes qui rompent les plans les mieux combinés , et qui rejettent les proscrits dans une anxiété pire qu'avant leurs tentatives d'évasion.
Murât aurait dû compter sur l'indulgence et sur la conscience secrète du marquis de Rivière, gouverneur de Toulon. A l'époque où ce gentilhomme, proscrit luimême , rentré furtivement dans sa patrie pour y ourdir des trames contre Napoléon, avait été jugé et condamné à mort comme complice des conspirations de Polignac, de Pichegru et de Moreau , il avait dû sa grâce et la vie aux généreuses intercessions de Murât auprès du premier consul. C'était pour M. de Rivière une rare et sainte
occasion de rendre générosité pour générosité, salut pour salut, à un fugitif livré à son tour par les vicissitudes du sort à sa merci. Le marquis de Rivière, expérimenté des proscriptions, était digne, assure-t-on, par le cœur, d'assumer sur lui la protection de son ancien intercesseur et la colère des royalistes. Mais, soit que la prudence de Murât ne lui laissât pas les moyens de faire parvenir jusque dans sa cachette les bonnes intentions du gouverneur du Midi, soit que le zèle et l'inquisition des agents secondaires ou volontaires de la police royaliste dépassassent les ordres de M. de Rivière, les alarmes causées à Murât et à ses amis par les embûches dont ils étaient poursuivis les obligeaient à changer souvent d'asile. Lassé de cette terreur continue qui assiégeait ses retraites et qui ne lui montrait plus de sécurité sur aucun point de la France , Murât fut forcé de renoncer à se rendre au Havre et à Paris, il résolut de passer en Corse, île pleine des parents , des partisans et des clients de la famille Bonaparte , mal soumise encore au nouveau gouvernement des Bourbons, dégarnie de troupes françaises, demeurée dans une sorte d'expectative et de neutralité entre les événements, et où les anses nombreuses, les routes impraticables, les forêts, les montagnes, l'hospitalité sacrée des habitants assuraient mille moyens de fuite et de retraites inaccessibles ou de sécurité provisoire à un proscrit.
Par les soins du marquis Giuliano, de Macerone, du comte de Mosbourg et d'une femme de Paris qu'il avait aimée avant d'être roi , et qui lui conservait cette mémoire de l'amour, la plus tendre et la plus courageuse des amitiés, il avait reçu de Paris des vêtements, du linge,