‹ Histoire de la RestaurationChapitre 104 sur 193 · LIVRE TREKTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TREKTE ET UNIÈME

des bijoux , des armes et une somme de deux cent mille francs pour l'aider dans ses plans d'évasion. Il chargea le duc de Rocca Romana, le colonel Ronafoux et le marquis Giuliano, ses aides de camp, moins inquiétés et moins suspects à Toulon à titre d'étrangers à nos discordes civiles, de lui fréter un bâtiment léger pour la traversée de la côte de France à l'île de Corse. Ces fidèles amis, assistés par des officiers de la marine française dont nous avons déjà parlé, réussirent, sans trop de peine et en peu de jours, à combiner dans le plus grand secret ces préparatifs. Les trésors, les équipages, les armes, les serviteurs, et jusqu'aux vêtements du roi, furent embarqués à bord du bâtiment nolisé. On n'attendait plus que Murât lui-même.

La vigilance de la police aux portes de Toulon ou dans le port de la ville, et les menaces sanguinaires dont sa tête était l'objet comme complice présumé du 20 mars, ne lui permettaient pas de s'embarquer dans le port en même temps que ses officiers et ses gens. La main d'un sicaire ou une émotion du peuple pouvait le saisir et le frapper à son dernier pas sur le rivage de sa patrie. Il fut convenu que le bâtiment mettrait à la voile sans lui , qu'il courrait des bordées dans la rade, à une certaine distance de Toulon, et que, se rapprochant de terre à un point convenu de la rade où le roi devait se trouver la nuit , le capitaine enverrait un canot à la plage et embarquerait le proscrit à la faveur de la solitude et des ténèbres.

Le jour du départ fixé au 2 août, tout ce qui concernait le bâtiment s'accomplit comme il avait été convenu. Le duc de Rocca Romana , le colonel Bonafoux , deux domestiques et les équipages du roi sortirent du port sans éveiller de soupçons, et le navire qui les portait croisa lentement jusqu'à la chute du jour dans la rade. Le canot se détacha du bord , aborda la plage au point convenu , et les marins qui en descendirent cherchèrent longtemps Murât et le marquis Giuliano parmi les oliviers et les rochers de la côte.

Mais ils le cherchèrent et l'attendirent en vain. Une bande de soldats et d'agents de police , rôdant à travers la campagne, autour de l'asile du roi, l'avait empêché d'en sortir à l'heure fixée au rendez-vous qu'il avait assigné à ses amis. Le canot rejoignit le bâtiment. Les amis et les serviteurs consternés de Murât délibéraient entre eux dans une transe mortelle sur ce qu'il y avait de mieux à faire pour parer à ce funeste contre-temps : les uns croyant que leur malheureux maître s'était trompé de plage et les attendait dans quelque anse plus éloignée ou plus rapprochée de Toulon, les autres qu'il s'était trompé d'heure ou de jour et qu'il paraîtrait sur la côte après que le bâtiment l'aurait quittée; ceux-ci proposant de descendre à terre et de passer la nuit à le découvrir et à l'appeler de rocher en rocher, ceux-là de croiser à portée du rivage et au risque d'être saisis par les gardescôtes, jusqu'à ce que le roi fût en vue et que le canot pût de nouveau lui être envoyé sur une plage. Ils s'arrêtèrent à ce dernier parti, le plus sage de tous, et coururent quelques bordées vis-à-vis de la côte. Mais ces manœuvres suspectes ayant attiré l'attention de la même

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