‹ Histoire de la RestaurationChapitre 105 sur 193 · LIVRE TRENTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE ET UNIÈME

patrouille royaliste qui avait battu la campagne autour de la retraite du roi , ces hommes hélèrent le bâtiment , montèrent à bord, les armes à la main, vomirent de sanguinaires imprécations contre les bonapartistes et contre le roi de Naples , déclarèrent que s'ils l'avaient trouvé à bord, ils auraient vengé, sans jugement , ses crimes et jeté son corps à la mer. Ils ordonnèrent au capitaine, sous peine de saisir son navire, de s'éloigner à l'instant de la côte, et de poursuivre sa route vers la pleine mer, afin d'éviter le soupçon de chercher à embarquer quelques proscrits. Le duc de Rocca Romana, le colonel Ronafoux , les domestiques du roi et ses équipages, cachés pendant cette visite à fond de cale, derrière des ballots de marchandises destinées en apparence pour la Corse, avaient heureusement échappé à l'attention des sicaires.

Le navire, forcé d'obéir sous peine d'autoriser des soupçons et des patrouilles inévitablement funestes au roi, feignit de reprendre le large après leur départ; mais modérant de nouveau sa course pour donner à Murât le temps et l'occasion de le rejoindre encore, il stationna sous ses basses voiles à portée de la côte pendant les longues heures de la nuit. Rocca Romana, désespéré, voulait se livrer à la mort , plutôt que d'échapper ainsi seul, à la place de l'ami qu'il était venu sauver. Les bâtiments armés qui gardaient la côte et qui observaient le navire l'empêchèrent d'aborder de nouveau le rivage ou de s'en rapprocher de trop près.

Pendant ces événements de mer, les bandes qui surveillaient les approches de la retraite de Murât s'étaient éloignées, le roi sortit vers le milieu de la nuit et se glissa, sans être aperçu, jusqu'au point du rivage où le navire devait l'attendre et l'embarquer. Il ne doutait pas de l'exactitude de ses compagnons d'armes à s'y trouver et de leur patience à l'attendre. Il savourait déjà d'avance ce sentiment de sécurité anticipée dont il allait enfin jouir en Corse, après la longue oppression de douleur et de terreur sous laquelle il avait vécu depuis trois mois.

Vaine illusion de proscrit, que la fortune raille tour à tour dans ses joies ou dans ses craintes ! La plage était déserte et la mer vide. Le roi crut qu'il avait perdu ou devancé l'heure. Il ne se lassa pas d'espérer que le bâtiment allait paraître ou reparaître à chaque vague qui bruissait à ses pieds. Plus troublé cependant à mesure que la nuit s'écoulait et que de nouvelles étoiles se levaient ou se couchaient derrière les montagnes de la rade, il montait de rocher en rocher, pour apercevoir de plus haut une plus vaste étendue de mer. Il prenait l'écume pour une voile ; il ressaisissait et reprenait sans cesse l'espérance, avec cette obstination de l'homme qui cesse de vivre, s'il cesse d'espérer.

Enfin, les premières clartés du crépuscule du matin répandirent une clarté plus large que celle de la lune sur les vagues. Il aperçut et reconnut son navire au signalement qu'on lui en avait donné et aux signaux dont ses amis et lui étaient convenus à Toulon. Mais il ne le vit que pour reconnaître en même temps l'impossibilité absolue de l'atteindre. Aucun canot n'était à sa disposition sur la plage, et le navire, observé par des bâtiments

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