LIVRE TRENTE ET UNIEME
et témoignant du regard, du geste et de l'attitude tout le respect et tout l'attendrissement dont il était saisi en face dé tant de grandeur et de tant d'abaissement, lui demanda pardon de la familiarité involontaire dont il venait d'user avec un hôte si auguste et si inattendu. Il se hâta de le rassurer sur sa discrétion, et lui jura qu'il risquerait plutôt mille fois sa vie que de le trahir ; et que sa maison, sa fortune et sa personne étaient, sans réserve, à son service.
A cette soudaine exclamation de son maître et aux démonstrations chaudes de respect et de dévouement qu'il donnait à l'étranger, la vieille femme, qui était occupée à son foyer, se retourna avec étonnement, comprit que l'hôte qu'elle avait reçu était un roi, et laissant d'émotion tomber dans la cendre le plat qu'elle préparait pour son maître, se précipita toute tremblante aux genoux de Murât, et se confondit en excuses et en attendrissement devant lui.
Murât bénit la Providence qui l'avait mieux dirigé que n'aurait fait le choix. Il passa quelques jours tranquille , heureux et inconnu sous ce toit de l'hospitalité. Mais le maître de cette maison étant un des militaires soupçonnés alors de souvenirs et de prédilections impérialistes, un de ceux sur lesquels la police de Toulon avait les yeux les plus ouverts, il ne crut pas prudent d'y prolonger son séjour au delà du temps nécessaire pour s'en préparer un plus sûr* Par les soins de son hôte
et d'officiers de marine, ses amis, qu'il avait fait informer de son aventure, il se réfugia dans une autre maison de la campagne de Toulon appartenant à un capitaine de vaisseau et inhabitée en ce moment.
Une seule femme fidèle, vigilante et sûre, fut mise dans la confidence et consacrée au service du roi dans cette maison que l'on croyait déserte. Les deux officiers de marine de Toulon, seuls confidents de son secret, veillaient de loin sur sa sûreté et lui apportaient de temps en temps, pendant la nuit, les choses nécessaires à la vie et les espérances d'une meilleure fortune.
Mais le bruit répandu , parmi les exécuteurs des vengeances populaires dans le Midi , de la présence du roi de Naples caché dans les environs de Toulon, et des trésors, et des bijoux imaginaires, dépouille enviée de ceux qui le découvriraient, redoublait l'ardeur des investigations autour de lui. La femme qui le servait n'avait pas une heure de sécurité. Elle veillait toute la nuit pendant le sommeil du roi pour épier les pas et les bruits des patrouilles nocturnes dans la campagne, et pour faire évader son hôte, si les visiteurs armés s'approchaient de la maison.
Malgré ces précautions et ces discrétions des amis de Murât, le silence et le mystère eux-mêmes semblaient révéler les proscrits. Dans la nuit du 13 août, une bande de soixante volontaires royalistes, dirigée et commandée par un des chefs les plus acharnés à la découverte du