‹ Histoire de la RestaurationChapitre 109 sur 193 · LIVRE TRENTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE ET UNIÈME

roi, entoura la maison de campagne où il reposait. Des fenêtres de l'habitation placée sur un monticule, on apercevait de très-loin , pendant le jour, tout ce qui s'approchait, et l'on avait le temps de se soustraire aux recherches ; mais à la faveur des ombres de la nuit et du silence imposé à la troupe, les proscripteurs pouvaient entourer et surprendre leur victime , sans lui donner ni le soupçon de leur recherche, ni le temps de s'y dérober. Mais une lanterne portée dans un chemin creux par un des guides de la bande armée, pour les éclairer dans leur marche, ayant révélé par sa lueur à la gardienne de Murât, qui veillait près d'une fenêtre, l'approche d'une patrouille lointaine montant le chemin vers la maison , elle éveilla en sursaut le roi, qui dormait tout habillé ses armes sous la main, et l'avertit du danger.

Il s'élança de son lit, s'enveloppa de son manteau, s'arma de son poignard et de ses pistolets, et sortant sans bruit par une porte de derrière, il s'enfonça dans les hautes vignes à soixante pas de la maison , et se recouvrit de fagots de pampre secs laissés par les vignerons dans leurs champs. La vieille femme referma soigneusement la porte de la maison après l'évasion de Murât, effaça toutes les traces qui pouvaient révéler la présence d'un étranger dans les chambres, et, feignant de se réveiller et de s'habiller lentement aux coups des visiteurs à la porte, elle ne leur ouvrit qu'après avoir donné au roi tout le temps de s'éloigner et de se cacher.

Pendant que les volontaires visitaient, avec une rage trompée, les appartements, les caves, les greniers, les lieux les plus secrets de l'habitation, d'autres rôdaient dans les cours, dans le jardin, et jusque dans les vignes

voisines de la maison. Us passèrent plusieurs fois, leur lanterne à la main et le sabre nu, à quelques pas des fagots de pampre qui recouvraient le proscrit, et le roi les entendit se répandre en imprécations contre lui, et en espérances de le découvrir enfin pour l'immoler à leur fureur et pour se partager ses dépouilles. Pendant ces entretiens entre ses persécuteurs , qui ne laissaient que quelques pas entre la mort et lui, Murât avait la main sur son poignard et sur ses pistolets, décidé, raeonta-til depuis , à tuer d'abord les premiers qu'il pourrait frapper , et à réserver le feu de son dernier pistolet pour luimême, afin de ne livrer qu'un cadavre à la férocité de ses bourreaux.

Cette recherche mystérieuse, trompée, dans la maison qu'il habitait, la lui rendit plus sure, et il ne chercha plus à en changer. Mais sa tète était mise à prix à Marseille. On promettait mille louis à celui qui le livrerait mort ou vif aux inquisiteurs du parti des Bourbons. Le sol de la France devait, tôt ou tard, s'ouvrir sous ses pas. Il reprit la pensée de se réfugier en Corse.

Les trois jeunes officiers de marine, qui n'avaient pas cessé de se dévouer secrètement à son salut, et qui étaient prêts à s'associer à ses hasards, MM. Donnadieu, Blancard et Langlade , lui préparèrent de nouveau un moyen de fuite. Un bateau de pêche, sans cabine et sans pont, dans lequel ces jeunes gens s'embarquèrent euxmêmes, attendit le roi par une nuit sombre et par une

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