‹ Histoire de la RestaurationChapitre 12 sur 193 · LIVRE VJNGT-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VJNGT-HUITIÈME

» compromettrais tous mes amis, et à force de dire : Le » voilà qui arrive, on me donnerait la tentation d'arri- » ver... L'Amérique serait plus convenable, je pourrais » y vivre avec dignité; mais, encore une fois, qu'ai-je à » craindre en restant ici? Quel souverain pourrait me » persécuter sans se flétrir ? J'ai rendu à l'un la moitié » de ses États, combien de fois l'autre m'a serré la main » en se félicitant d'être l'ami d'un grand homme !... Au » reste je verrai, reprenait-il, je ne veux point lutter avec » la force ouverte... J'arrivais à Paris pour combiner nos » dernières ressources... on m'abandonne avec la même » facilité avec laquelle on m'avait reçu ! ... Eh bien ! qu'on » efface, s'il est possible, cette double tache de faiblesse » et de légèreté ! qu'on la couvre du moins de quelque » lutte, de quelque gloire ! Qu'on fasse pour la patrie ce » qu'on ne veut plus faire pour moi ! mais je ne l'espère » pas, » — ajoutait-il avec l'accent de l'incrédulité. — « Ils me livrent aujourd'hui pour sauver, disent-ils, la » France, demain ils livreront la France pour sauver » leurs têtes ! »

Puis un autre interlocuteur le félicitant sur le départ des plénipotentiaires qui allaient présenter aux puissances la reconnaissance de sa dynastie comme ultimatum de la France : « Non , lui dit-il , les alliés ont trop d'intérêt à » vous imposer les Bourbons pour couronner mon fils ! » Le nom des plénipotentiaires dément leurs instructions. » La Fayette, Pontécoulant, Sébastiani sont mes ennemis,

» ils ont conspiré contre moi ; les ennemis du père ne » peuvent être les amis du fils ! Les Chambres d'ailleurs » obéissent à Fouché. Si elles m'avaient donné ce qu'elles » lui prodiguent, j'aurais sauvé la France. — Ma seule » présence à la tête de l'armée aurait plus fait que toutes » vos négociations! » — Il oubliait qu'il avait quitté lui-même cette armée où sa présence, en effet, aurait pu combattre ou négocier encore. « Moi seul , reprenait-il » sans cesse, je pourrais tout réparer ; mais vos meneurs » aimeraient mieux s'engloutir dans l'abime que de se » sauver avec moi. »

Ces meneurs, cependant, étaient tous les hommes sortis du 20 mars, ses ministres, ses maréchaux, ses lieutenants, ses partisans, qui avaient joué avec lui et pour lui la dernière armée de la France. Mais l'ambition ne se trouve jamais assez servie si on ne lui sacrifie jusqu'à la patrie !

L'affectation qu'il montrait à se considérer comme en parfaite liberté de prolonger son séjour à la Malmaison avait évidemment pour but d'attendre encore quelques retours des événements vers lui. Dans le secret de ses épanchements avec ses confidents plus intimes, Caulaincourt et Maret, il parlait déjà de se retirer en Angleterre et d'y demander l'hospitalité d'un sol libre. Maret l'en dissuada*

Caulaincourt lui conseilla, s'il adoptait ce parti, de ne pas perdre un moment pour en assurer le succès , de s'embarquer sur une barque de contrebandiers, de descendre sur la côte d'Angleterre, de se rendre devant le premier magistrat du lieu de son débarquement, et d'y invoquer la protection que l'Angleterre accorde à tout

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