‹ Histoire de la RestaurationChapitre 112 sur 193 · LIVRE TRENTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE ET UNIÈME

un fidèle partisan des Bourbons, qui autorisassent personne en Corse à traiter le roi de Naples , dépossédé , en fugitif et en ennemi.

Le roi vécut quelques jours en sécurité et en paix dans la maison de Colonna Ceealdi , où il ne tarda pas à être rejoint par le général napolitain Franceschetti, gendre de son hôte.

La Corse, comme nous l'avons dit plus haut, flottait alors dans une sorte d'interrègne, favorable aux anarchies des trois principaux partis qui la divisaient : les bonapartistes, les partisans de l'Angleterre et les amis de la maison de Bourbon ; plus favorable encore aux entreprises personnelles qu'un chef illustre, remuant et populaire comme le roi de Naples, voudrait y tenter, soit pour dominer l'île, soit pour y recruter des adhérents et des instruments d'aventures et d'expédition au dehors. Les faibles garnisons de Calvi , de Bastia , d'Ajaccio ne comptaient que quelques centaines de soldats ; nombre insuffisant pour imposer l'obéissance ou même la paix aux trois partis debout, enracinés dans l'ile, maîtres des montagnes^ et toujours en armes et en observation pour profiter des hasards que les événements leur offraient.

Le drapeau blanc flottait sur le port et sur les clochers de l'île, seul signe de la soumission du pays au gouvernement de Louis XVIII. Le commandement militaire de l'ile était exercé provisoirement et presque officieusement par le colonel de gendarmerie , Verrière.

Aussitôt que ce commandant militaire de Bastia, averti de la descente du roi de Naples en Corse, et pressé par son propre zèle et par le zèle des royalistes de son parti d'agir contre le fugitif de Toulon, eut appris que Murât était à Vescovato, il lui adressa, par un parlementaire, une sommation de se remettre entre ses mains jusqu'à ce que le roi de France eût prononcé sur son sort. Murât, déjà garanti à Vescovato par l'inviolable hospitalité des Colonna, et bientôt entouré de paysans, de pasteurs et d'anciens soldats armés pour sa protection , refusa d'obéir, en alléguant, pour motiver son refus, l'absence d'autorité légale et souveraine dans l'île. En recevant cette réponse, le colonel Verrière publia une proclamation qui déclarait le roi de Naples, Murât, ennemi du roi de France et perturbateur du repos public. Un détachement de quatre cents hommes, appuyé par un corps de gendarmes , marcha à Vescovato pour faire exécuter les ordres du gouvernement et pour s'emparer de Murât.

Mais déjà Murât était une puissance inattaquable dans le noyau des hautes et belliqueuses montagnes où il s'était cantonné. Chez les uns, le dévouement héréditaire à la famille Colonna , dont il habitait le seuil ; chez les autres , les droits sacrés de l'hospitalité , qu'aucune opinion ne leur ferait oublier, ni trahir; chez ceux-ci, la popularité aventurière du roi de Naples; chez ceux-là la mémoire des anciennes guerres dans lesquelles ils avaient

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