‹ Histoire de la RestaurationChapitre 113 sur 193 · LIVRE TRENTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE ET UNIÈME

servi sous ses ordres; chez les plus ambitieux, l'espérance de partager ses périls et les dépouilles d'une expédition de cet ancien souverain pour conquérir son royaume; chez les cupides, la solde que Murât distribuait sur les sommes qu'il avait apportées ou qu'il escomptait sur Paris , tout cela avait groupé à Vescovato , autour du roi de Naples , un millier de défenseurs armés et prêts à tout pour sauver , suivre ou venger ce proscrit populaire. Le détachement envoyé de Bastia, intimidé par le nombre , par la résolution de ses partisans et par la force naturelle des lieux, revint sans sa proie à Bastia.

Cette petite armée de Murât et l'attachement des montagnards le pressaient de lever l'étendard de l'indépendance de l'île en son propre nom , et de s'emparer de Bastia. Il s'y refusait encore, affirmant toujours qu'il ne voulait rien entreprendre contre le roi de France, et qu'il se bornait à pourvoir à sa sûreté et à sa dignité sous la garde de ses hôtes belliqueux. Mais déjà ses partisans autour de lui faisaient violence à sa réserve affichée ou sincère, et recrutaient hardiment des hommes, des armes, des munitions, des subsides pour sa cause. Il fermait les yeux et semblait flotter lui-même, indécis, entre une insurrection de l'ile en sa faveur et une expédition sur les côtes de son ancien royaume.

La certitude d'échouer devant l'Europe après un succès momentané dans l'ile de Corse, et la médiocrité de la conquête proportionnée au danger le détournèrent de la

première idée et le précipitèrent dans la seconde. Le désespoir surtout et l'ambition d'imiter et de surpasser Napoléon, en rentrant à Naples et en s'y maintenant, le poussèrent en aveugle à ce pas funeste de sa vie. Ses ressources pécuniaires s'épuisaient, il ne pouvait supporter le poids de l'oisiveté, ni l'humiliation d'une vie privée et obscure après une vie de tumulte dans les camps ou de splendeur sur un trône. Des peines domestiques ajoutaient leur amertume secrète et leur incitation à ses revers politiques. Il adorait sa femme, jeune, belle, ambitieuse, avide de pouvoir et d'éclat. Il était jaloux de ses faveurs d'esprit présumées pour de jeunes généraux de sa cour , dont elle avait semblé quelquefois préférer les conseils à sa propre politique. Tl était humilié de l'avoir fait descendre du trône où elle l'avait élevé par son union avec lui. Il était impatient de l'y replacer par l'audace de son génie et par la bravoure de son cœur ; il s'indignait du rang vulgaire où il allait laisser ses enfants, qu'il adorait comme leur mère. Son cœur troublait sa tête. Il prit le vertige de l'orgueil , de l'amour et du trône. Il se donna, pendant trois semaines de séjour dans ces montagnes, le délire ou les illusions dont il avait besoin pour justifier sa démence.

« Je suis adoré à Naples, disait-il à ses confidents, et » comment ne le serais-je pas? je n'ai fait que du bien » aux Napolitains que j'ai gouvernés avec mon cœur, et » dont j'ai relevé le nom militaire dans les camps en le

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