‹ Histoire de la RestaurationChapitre 117 sur 193 · LIVRE TRENTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE ET UNIÈME

abrupts par lesquels il avait à traverser le noyau granitique de l'île pour se rendre à Ajaccio s'élevaient , s'enfonçaient, serpentaient tour à tour à travers les montagnes , les ravins , les abîmes , les forêts séculaires de sapins , de chênes , de châtaigniers que leur élévation rend inaccessibles à la hache des hommes ; Alpes méridionales encadrées par une vaste mer où la splendeur profonde du ciel, la solitude, la rudesse et la majesté silencieuse de la nature impriment dans l'homme l'énergie, la hauteur et la profondeur des lieux.

Tous les villages que Murât devait traverser, avertis de son passage , fiers de lui donner l'hospitalité et fanatisés d'avance pour sa cause par ses émissaires, allaient au-devant de lui avec leurs chefs, leurs magistrats et leurs prêtres. Il coucha la première nuit à Gotone, chez le curé Galvani, dont un frère, commissaire général des guerres, suivait le roi dans son état-major. Il y séjourna le 18 pour y recruter de nouveaux soldats. Le 19, il déjeuna au hameau des Peselli-Danisani, dans la maison du principal habitant, Manuelli. Franchissant ensuite avec sa suite, grossie à chaque chaumière sur sa route, les hautes gorges de la Serra, il campa le soir à Saint- Pierre-de-Venaco. Le curé de Yivaro, Pantalacci, lui donna l'hospitalité le 20, et l'escorta avec ses villageois le reste du jour à travers les forêts primitives de Vizzavona. En descendant Bococnano, il rencontra le lieutenant-colonel Bonelli, qui venait à sa rencontre avec tout

son village. Il attendit là le reste de sa petite armée, qui avait marché plus lentement que lui, et il envoya, pour annoncer son approche et ses intentions, le général Franceschetti à Ajaccio , chargé de parlementer avec les principaux de la ville et avec les autorités royales. Il devait attendre à Bococnano le résultat de ses conférences.

Franceschetti se rendit d'abord chez les Arrighi , famille comblée des dons, des titres et des faveurs de Bonaparte. Il y trouva rassemblés tous les principaux membres de la famille de l'empereur, résidant ou réfugiés dans l'île. Le ressentiment de ces parents de Napoléon contre Murât , qu'ils accusaient d'avoir concouru à sa perte, et la prudence naturelle aux insulaires, qui leur faisait redouter plus qu'à d'autres de paraître tremper dans des complots contre les Bourbons, auxquels leur nom ne les rendait déjà que trop suspects, animaient ce conseil de famille d'une inflexible aversion coutre la témérité compromettante du roi de Naples. Ils adressèrent à son général les reproches les plus amers et les plus injurieux contre un roi qui , après avoir été couronné par la main de leur famille et après l'avoir combattue avec la coalition , venait encore la poursuivre de son ambition et la perdre jusque dans l'île où elle abritait ses malheurs. Ils conjurèrent sévèrement Franceschetti de détourner son maître d'entrer dans Ajaccio , et de donner ainsi à une ville soumise et calme l'apparence d'une ville insurgée contre le roi de France. Franceschetti revint rappor-

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