‹ Histoire de la RestaurationChapitre 118 sur 193 · LIVRE TRENTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE ET UNIÈME

ter au roi les mauvaises dispositions de ses parents. Mais Murât , entouré maintenant de son armée entière et appelé par l'enthousiasme moins réfléchi du peuple et des soldats de la garnison d'Ajaccio , n'écouta rien , et , remontant à cheval, il s'avança vers la* ville.

Son entrée fut un triomphe. Le peuple débordait ses autorités. Les magistrats civils et le commandant militaire continrent avec peine les cinq cents soldats français de la garnison dans la forteresse dont ils fermèrent les portes , pour les empêcher seulement de se mêler au peuple et à l'armée du roi. On les voyait, accoudés sans armes sur les parapets des fortifications , contempler l'entrée triomphale de l'ancien frère d'armes de leur empereur, applaudir aux démonstrations de la multitude et mêler leurs cris de Vive le roi de Naples aux acclamations de l'armée, de la ville et du port. Murât n'accepta pas le palais public où la foule le pressait d'entrer en signe de souveraineté. Il se fit conduire à une simple hôtellerie sur la place, et, avant de descendre de cheval, il harangua le peuple pressé autour de lui. Il dit au peuple qu'il ne venait demander à Ajaccio qu'une simple et inoffensive hospitalité, et que si sa présence devait être une cause de sédition ou d'inquiétude pour la ville, il en ressortirait à l'instant. Il envoya ses officiers porter aux autorités les mêmes assurances , satisfait de les avoir bravées, ne voulant pas pousser la victoire plus loin que son but, heureux seulement d'être protégé dans ses des-

seins par cet ascendant de sa popularité et par ce rôle de roi qu'il savourait pour la dernière fois dans File de son bienfaiteur et de son ennemi.

« Sa Majesté le roi de Naples cherche un asile, » — fit-il écrire au maire d'Ajaccio par son chef d'état-major. « Elle a donné la préférence au lieu où vit sa famille, » elle croit être au milieu des siens quand elle est au mi- » lieu des habitants de cette ville. Elle y vivra en simple » particulier, elle n'y réclame des autorités que la pro- » tection due à l'honneur et au malheur. »

L'officier de marine Blancard, qui faisait les fonctions de secrétaire de son cabinet, écrivit sous la dictée de Murat au colonel Verrière , commandant la division militaire , une longue dépèche destinée à la publicité et qui disait : « Le roi a lu avec indignation votre proclama- » tion contre lui aux habitants de l'île et aux soldats ; » cette proclamation est indécente et mensongère , elle » dénonce au fer des assassins le roi et les personnes qui »ont donné asile à un prince malheureux, à un capi- )> taine que ses services , son rang , ses revers rendent » sacré chez toutes les nations civilisées. »

Murât jouissait avec ivresse de l'empire qu'il exerçait sur la population d'Ajaccio. Il en contemplait à chaque instant les démonstrations sous ses fenêtres, il les faisait remarquer à ses amis ; il y voyait l'augure de l'enthousiasme qu'il allait bientôt retrouver sur le sol de son royaume. 11 pressait les préparatifs de son expédition ,

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