‹ Histoire de la RestaurationChapitre 119 sur 193 · LIVBE TRENTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVBE TRENTE ET UNIÈME

qui se nolisait et s'armait en liberté dans le port , sous les yeux des autorités impuissantes et des soldats de la garnison complices de cœur et de vœux. Il mit ses bijoux en gage pour se procurer les fonds nécessaires à l'équipement de sa petite escadre.

Cependant Macerone était arrivé avec les deux frères Carabelli. Cet officier fit demander audience à son ancien maître. Elle lui fut accordée à l'instant. L'hôtellerie habitée par le roi n'était désignée que par le drapeau des Deux-Sieiles arboré sur la porte et par les sentinelles et les montagnards armés qui gardaient le seuil. Macerone, accueilli avec tendresse, mais avec embarras, par le roi, lui rendit compte du succès de sa négociation et lui remit une note du prince de Metternich, contenant les conditions auxquelles le roi de Naples serait admis à l'hospitalité de l'Autriche. Ces conditions portaient :

1° Que le roi prendrait un nom de simple particulier;

2° Qu'il choisirait un séjour à la ville ou à la campagne, dans la Bohême ou dans la haute Autriche ;

3° Qu'il engagerait sa parole de ne pas quitter les États autrichiens sans le consentement de l'empereur et qu'il s'y soumettrait aux lois du pays.

A ces conditions était joint un passe-port pour Trieste, si le roi voulait en faire usage. Il prit le passe-port et se réserva, quand il serait réuni à sa famille , à discuter les conditions. Cette réponse ambiguë rappelait l'ambiguïté de son attitude entre Napoléon et les alliés en 1814,

Muni du passe -port si le sort lui était contraire dans l'expédition qu'il allait tenter, libre des conditions qu'il n'acceptait pas s'il réussissait, il refusa, sous le prétexte de l'omission de son titre de roi dans les dépêches, l'offre que lui faisait, par écrit, le capitaine d'une frégate anglaise mise à sa disposition par le gouvernement britannique pour le conduire à Trieste.

Les deux frères Carabelli furent ensuite admis à son entretien, et s'efforcèrent de lui démontrer les dangers de son entreprise, sans réussir à le convaincre. Il les invita à sa table ainsi que Macerone. Les généraux Natali, Franceschetti , six colonels et ses principaux officiers assistaient à ce repas. On parla de Waterloo. « Ah ! s'é- » cria le roi, si j'avais été là, j'ai la confiance que le sort » du monde eût été changé. La cavalerie française a été » engagée par la démence, on l'a sacrifiée en détail quand » sa charge en masse au moment décisif aurait tout sur» » monté ! » Son esprit était libre , sa sérénité douce , sa conversation variée et comme indifférente.

Il amena Macerone dans son cabinet , après le dîner. Il lui dit que la première réponse ambiguë qu'il lui avait adressée le matin aux offres de l'Autriche avait un double sens peu séant à sa loyauté et à son rang qu'il se reprochait, et qu'il allait lui en remettre une autre plus franche et plus sincère sur ses vraies intentions. Puis, s'asseyant devant son bureau , il écrivit de sa propre main une lettre qui contenait ses griefs et ses pensées sans réticence.

« J'apprécie ma liberté, disait cette lettre, au-dessus » de tous les biens de ce monde. La captivité ou la mort » sont pour moi une même chose. Quel traitement puis-

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