LIVRE TRENTE ET UNIEME
» je espérer de ceux qui ont payé à Marseille des assas- » sins contre moi ? J'ai sauvé la vie du marquis de Ri- «vière, il était condamné à périr sur l'échafaud. J'ai » arraché sa grâce à l'empereur. Exécrable vérité cepen- » dant ! il a provoqué des misérables contre moi, il a mis » ma tête à prix ! î ! Errant dans les bois et dans les mon- » tagnes, j'ai confié mes jours à la généreuse fidélité de » trois officiers français , ils m'ont amené en Corse , au » péril de leur vie. Des misérables disent que j'ai emporté » des trésors de Naples ? J'y ai dépensé au profit de mon » royaume, au contraire, toutes les richesses que je rap- » portais de ma principauté de Berg. Je ne puis accepter les conditions que vous me présentez, monsieur » Macerone ! C'est mon abdication , on me permet seule- » ment de vivre... Est-ce là le respect que l'on doit à un » infortuné souverain reconnu par l'Europe entière , et » qui, dans un moment critique, décida de la campagne » de 1815 en faveur de ces mêmes puissances qui le » poursuivent de leur haine et de leur ingratitude aujourd'hui?... Je n'ai pas abdiqué ! J'ai le droit de re- » couvrer ma couronne , si Dieu m'en donne la force et » les moyens !... Ma présence sur la terre de Naples ne » peut plus abuser personne, je ne puis correspondre avec » Napoléon captif à Sainte-Hélène î... Quand vous rece- » vrez cette lettre je serai déjà en mer, m'avançant vers ma » destinée. Ou je réussirai , ou je terminerai ma vie avec » mon entreprise. J'ai affronté mille fois la mort en com- » battant pour mon pays, ne me sera-t-il pas permis de » l'affronter une fois pour ma propre cause?... Je n'ai » qu'un souci, le sort de ma famille .'... » Après avoir remis ces lignes à un secrétaire pour les
faire copier, il les signa et congédia, en l'embrassant, son ancien aide de camp.
Un coup de canon retentissant à une heure du matin , dans le silence de la nuit, éveilla en sursaut Macerone et lui apprit que le signal de l'embarquement était donné par le roi à ses compagnons de hasards et de guerre. Il venait, en effet, de s'embarquer avec eux. Ce coup de canon fut, quelques minutes après, suivi de plusieurs autres partant des embrasures du fort d'Ajaccio. C'était le vain simulacre d'opposition à l'expédition du roi de Naples, obtenu, avec peine et supplications, de leurs soldats par les officiers de la garnison. Les canonniers, favorisant en secret la cause aventureuse de Murât et contenus par la seule discipline dans une apparente neutralité, avaient chargé les pièces comme pour tirer sur l'escadre, mais ils avaient visé à dessein sur la mer vide. Ces décharges, perdues dans les flots, étaient moins une hostilité qu'une salve. Le roi et son armée voguaient déjà en liberté vers les côtes de l'Italie.
Six bâtiments légers, barques pontées, felouques ou bombardes, composaient toute la flottille du roi. Le bâtiment monté par le roi était commandé par le baron Barbara, capitaine de frégate au service de Naples ; Courand commandait le second, ayant sous lui le capitaine Pernice et le lieutenant Maltedo ; Ettore le troisième, Mattei le quatrième, Semidei le cinquième. La sixième barque plus rapide et plus maniable encore servait d'à-