‹ Histoire de la RestaurationChapitre 121 sur 193 · LIVRE TRENTE ET UNIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE ET UNIEME

viso, et était commandée par un simple pilote nommé Ceeoni.

Les officiers et les deux cent cinquante sous-officiers et soldats qui formaient toute l'armée de débarquement du roi étaient distribués sur ces frêles embarcations à proportion de leur petitesse ou de leur grandeur. La flottille était sous voile en vue de la Corse, au lever du jour, le 28 septembre. Le 29, elle vogua lentement faute de vent. Le 30, une rafale la jeta sous la côte de Sardaigne, où elle faillit échouer. Les navires trop chargés s'abritèrent tout un jour sur une anse de File inhabitée de Tavolora, vaste écueil de la forme d'un autel antique détaché de la Sardaigne.

Ils déployèrent de nouveau la voile le second jour d'octobre, luttèrent péniblement contre les lames pendant cinq jours et quatre nuits, et s'élevèrent seulement, à la nuit tombante du 6, à la hauteur des côtes de la Calabre et en vue des montagnes de Paolo. La terre se montrait à trois lieues de la proue des navires alors réunis.

Le commandant de la flotte , Barbara , ordonna d'éteindre tous les feux sur les ponts et sous les ponts , de peur de révéler la présence de voiles inconnues à la côte. Il fut convenu que les bâtiments marchant de conserve se feraient les signaux par la seule étincelle de pierres à feu frappées par l'acier, afin que les vigies du rivage pussent confondre ces lueurs fugitives avec les phosphorescences de la mer dans ces nuits d'été. Le vent souf-

fiait des montagnes de la Calabre comme si la Providence eût voulu repousser le roi de sa perte. Les bâtiments, obligés de louvoyer péniblement sur une mer creuse pour atterrir au fond de la rade de Paolo, furent séparés dans les ténèbres les uns des autres par un coup de vent tombé, après le lever de la lune, des gorges orageuses de la Calabre ritérieure. Écarté de son premier but par la mer et par le vent , le roi entra , à l'aube du jour, dans la rade déserte de San Lucido avec deux de ses navires seulement pour y attendre les autres barques dispersées.

Il fit jeter l'ancre, à quelque distance de la grève, et il ordonna au chef de bataillon , Ottaviani , de descendre à terre avec un seul matelot pour sonder l'opinion des paysans, et pour lui rapporter des indices. Ottaviani et le matelot ne revinrent pas. Ils furent arrêtés à quelques pas de la plage par les habitants. Ce mauvais signe troubla les compagnons de Murât. Déjà, depuis la veille, un silence et des hésitations de timide augure se remarquaient dans les équipages. On eût dit que la vue de la côte leur avait présenté tout à coup la terreur de l'entreprise qu'ils allaient tenter, et qui de loin avait disparu dans leurs âmes sous les illusions de la distance. Le rivage leur envoyait ces pressentiments.

Ces hommes n'avaient ni cause personnelle , ni cause de devoir, de patrie ou d'honneur, dans ce débarquement, aucun des motifs qui animent le véritable héroïsme et qui soutiennent la constance. Aventuriers cherchant

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