‹ Histoire de la RestaurationChapitre 122 sur 193 · LIVRE TRENTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE ET UNIÈME

la fortune facile et la gloire capricieuse d'une aventure où ils étaient au fond désintéressés, le moindre doute sur le succès pouvait les abattre , le moindre obstacle les décourager. Ils commencèrent à entrevoir leur témérité et à regarder, sans oser se l'avouer, derrière eux.

Le jour s'achevait, le roi ne voyait point reparaître ses navires. Le pilote Ceconi , commandant de la barque qui servait d'aviso , et qui seule était mouillée à côté de celle du roi, dans la rade de San Lucido, fut envoyé par Murât à la fin du jour pour découvrir en mer, ou derrière les caps voisins, les autres barques, et pour les rallier autour de lui. Ceconi découvrit le bâtiment monté par Courand et le ramena. Courand, interrogé par le roi sur le sort des autres navires, répondit qu'il les avait perdus de vue pendant le coup de vent de la veille. Deux officiers des troupes de terre montés sur le navire de ce capitaine, confièrent à Murât leurs soupçons sur les intentions de Courand, qu'ils croyaient comploter avec son équipage la désertion en mer et l'abandon du roi. Murat lit appeler Courand à son bord, lui rappela les bienfaits dont il l'avait comblé à Naples , et feignit en lui plus de confiance pour lui enlever l'idée de le tromper.

Cependant le roi, par prudence, ordonna au capitaine Barbara, chef de la flottille, de prendre à la remorque le bâtiment de Courand pour ôter à ce marin tout prétexte de se séparer de l'escadre. Ce bâtiment portait cinquante

hommes d'élite, sous-officiers ou soldats les plus aguerris et les plus aventureux de toute l'expédition.

A minuit, les trois navires du roi levèrent l'ancre en silence, et la flottille fit voile vers une autre anse de la côte , espérant rencontrer en mer les autres bâtiments. Mais avant que le jour pût éclairer sa fuite, le capitaine Courand ayant fait descendre les soldats qu'il portait sous le pont pour les dérober, disait-il , à l'œil des vigies de la côte, coupa pendant leur sommeil le câble qui l'attachait à la poupe de l'aviso, et se perdant dans la brume, fit route vers la Corse , disant au réveil aux soldats que le roi avait renoncé à l'entreprise et lui avait ordonné de le précéder à Trieste.

Le roi, à la première lueur du jour, fut consterné de la désertion de Courand, qui avait servi sept ans dans sa garde, et qui manquait au moment suprême à son bienfaiteur. N'ayant plus avec lui que son propre équipage et la poignée d'hommes embarqués sur la barque du pilote Ceconi, il chancela dans sa résolution* Il appela le commandant de sa flottille, Barbara, et lui ordonna de tourner la proue vers Trieste. Barbara affirma que ses bataillons étaient hors d'état de supporter la longueur d'une navigation dans la mer Adriatique dans le dénûment de vivres et de matelots où ils étaient, et il proposa au roi d'aller de sa personne descendre dans le petit port voisin du Pizzo, d'y affréter un bâtiment plus solide, de prendre des marins et des vivres , et de revenir joindre

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