LIVRE TRENTE ET UNIEME
en mer îe roi, qui attendrait son retour sur l'aviso. Mais, pour cela, il fallait que le roi confiât à Barbara ses passe-ports de l'Autriche pour Trieste, seules pièces qui pussent couvrir le débarquement , la personne et les transactions de Barbara sur la terre ferme. Le roi refusa de se dessaisir de ces sauf-conduits qu'il se réservait sans doute comme dernière ressource de fuite en cas de désastre. Barbara s'obstina à ne pas descendre à terre sans cette garantie indispensable à sa sûreté. Une aigre altercation s'éleva entre le roi et le marin.
a Vous l'entendez, s'écria Murât indigné, en s'adres- » sant à ses officiers ; on refuse de m'obéir ! Eh bien , je » débarquerai moi-même ! Ma mémoire est fraîche dans » le cœur des Napolitains, ils me reconnaîtront, eux ! »
Il ordonna alors à tous ses officiers de revêtir leurs uniformes. Le général Natali, seul, n'ayant pas ses habits militaires, le roi murmura tout haut de cette négligence ou de cette prudence de son lieutenant. c< Ce n'é- » tait pas , lui dit-il , pour me suivre au danger, qu'il » fallait oublier l'habit de combat ! »
Pendant ces altercations, ces murmures et ces reproches à bord, le vent frais poussait rapidement, sur une mer vive et sous un soleil éclatant, les deux navires vers la plage de Calabre, où blanchissaient à mi-côte le château, les maisons en étage et le petit port du Pizzo. C'était le 8 octobre, à onze heures du matin. Le ciel souriait comme une lueur sur un piège»
2i0 HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
Au moment où les deux bâtiments jetaient l'ancre à une encablure d'une plage déserte, et à une courte distance du port de Pizzo, les généraux et les officiers voulurent le devancer à terre. Le roi les retint du geste , et les faisant rentrer derrière lui sur le pont : « C'est à moi, x> dit-il, de descendre le premier sur ce champ de gloire » ou sur ce champ de mort , le pas m'appartient comme » la responsabilité ; » et il s'élança résolument sur le sable. Les deux généraux, Franceschetti et Natali, accompagnés de vingt-cinq officiers, sous-officiers, soldats ou serviteurs de sa personne , descendirent après lui , et5 se groupant derrière le roi, suivirent ses pas, ses mouvements et ses gestes.
La présence de ces voiles inconnues dans la rade solitaire, le nombre et le costume des passagers, l'ancre jetée sans attendre la visite des gardes-côtes , le tumulte, la rapidité, le bruit du débarquement, avaient éveillé l'attention des marins du port. La plage où le roi était descendu se couvrait de groupes peu nombreux, étonnés, indécis, et se tenant à une certaine distance du roi et de sa suite. Un poste de canonniers de marine de quinze soldats , sortis d'une tour isolée qui leur servait de corps de garde, s'avança au bruit, mais avec irrésolution vers le roi. Ils portaient encore l'uniforme de son armée.
a Voilà mes soldats, s'écria Murât en marchant à eux. » Enfants! reconnaissez votre roi! » A ces mots, ôtant son chapeau , relevant fièrement devant les soldats sa