‹ Histoire de la RestaurationChapitre 124 sur 193 · LIVRE TRENTE ET UNIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE ET UNIEME

belle tète éclairée par le soleil , et agitant ses longs cheveux flottants sur le cou pour bien imprimer dans leurs yeux cette figure martiale qui s'était gravée tant de fois dans leur mémoire, aux revues ou aux camps : « Oui, » c'est moi, je suis votre roi Joachim. Dites si vous me D reconnaissez , et si vous voulez me suivre et me servir «encore, moi, l'ami des soldats, le frère des Napo- » litains ! »

Les compagnons de Murât appuyaient ces paroles et ces gestes de leur chef, en élevant leurs chapeaux en l'air, en criant : Vive le roi Joachim! et en tendant la main aux soldats et aux Calabrais qui se groupaient à ce spectacle autour d'eux. Les soldats sans chef, pétrifiés par cette soudaine apparition d'un roi aimé, dont l'imagination de ces populations poétiques conservait l'image comme celle de son héros, abaissèrent leurs armes devant lui. Quelques-uns répondirent machinalement par le cri de Vive le roi Joachim ! comme un peuple mobile qui fait écho à tout cri. Quelques autres s'éloignèrent et se turent pour attendre l'événement. Cinq ou six répondirent qu'ils étaient prêts à le suivre et à combattre sous lui pour reconquérir son trône et pour délivrer le royaume de la tyrannie des Autrichiens.

Pendant ces colloques, les habitants du Pizzo, informés par la rumeur publique du débarquement d'hommes armés proclamant le roi Joachim, et ayant ce prince proscrit à leur tête, accouraient, incrédules d'abord, sur

la piage où les haranguait Murât. Puis , voyant le petit nombre de ces adhérents, ces deux barques démante* lées sur la mer , cette poignée de sous-officiers et de soldats sardes, corses, génois, hâlés par le soleil, pâlis par la mer, leurs habits souillés d'écume et de sable, plus semblables à une bande de pirates qu'à l'escorte d'un roi , ils passaient de l'incrédulité à l'étonnement , de l'étonnement au mépris , du mépris à l'indignation et à la colère. Les uns entouraient le roi à une distance qui témoignait plus de répulsion que de respect; les autres, déjà résolus à l'outrage, retournaient en murmurant vers la ville pour prendre leurs fusils et pour combattre, au nom de leur roi légitime , l'usurpateur et le proscrit qui venait tenter leur fidélité.

Les Calabres étaient le point de débarquement le plus malheureusement choisi par Murât pour opérer un sou* lèvement au nom de la popularité des Français. Ces provinces, les plus fanatiques et les plus belliqueuses du royaume, voisines de la Sicile, où l'ancienne cour les entretenait toujours dans la haine de la domination française, soulevées en 1799 par le cardinal Ruffo, qu'elles avaient proclamé à la fois leur général et leur pontife, avaient été sans cesse remuées depuis par des conspirations bourboniennes. Contenues enfin par la terreur, pacifiées mais opprimées, décimées, fusillées au premier symptôme d'agitation par le général français Marchés , elles avaient été soulevées de nouveau par l'annonce des premiers désastres des Français dans la basse Italie.

Présenter à ces provinces, rentrées si récemment sous le gouvernement de leur ancienne famille royale et de leurs prêtres, le drapeau d'une royauté française , c'était

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