‹ Histoire de la RestaurationChapitre 126 sur 193 · LIVRE TRENTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE ET UNIÈME

La faible colonne, composée en tout de quarante à cinquante personnes , dont plusieurs curieux , quelques-uns ennemis, gravit, sur les pas des guides et de Murât, la route rapide qui escalade les collines. Cette route se dirige vers Monteleone en laissant le Pizzo sur sa droite et la mer à ses pieds. Les uniformes et les fusils de l'escorte du roi brillaient de loin, à travers les troncs des oliviers , presque au sommet de la montée , près du plateau où la route s'adoucit, tandis qu'une colonne plus épaisse, plus confuse et plus sombre, armée de longues carabines et coiffée des longs chapeaux des Calabrais, commençait à se former à la porte de la ville sur la plage. On ne pouvait discerner, des bâtiments à l'ancre, si elle se formait pour suivre ou pour combattre la colonne du roi.

Murât ne le savait pas bien lui-même; comme tous les hommes qui tentent l'impossible, il avait le goût et le besoin des illusions. Malgré l'avertissement de ses guides et la froideur du spectacle de son débarquement , il se flattait que la popularité de son nom , la certitude de sa présence , la hardiesse de sa marche entraînaient ce peuple indécis sur ses pas. Harassé de lassitude et de chaleur par la pente escarpée qu'il venait de gravir , les jambes déshabituées du mouvement par les huit jours qu'il venait de passer en mer sur un bâtiment dont la dimension refusait l'exercice à ses membres , il s'assit , au sommet de la rampe, sur la racine d'un olivier

9/iC> HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

pour essuyer sa sueur, pour respirer un moment et pour réfléchir.

Il semblait attendre avec impatience la colonne populaire, qu'il contemplait de cette hauteur sur la plage, sans se rendre compte de ses intentions. Il demanda au groupe de canonniers qui le suivaient où étaient leurs camarades. Ces soldats les lui montrèrent du geste , commençant à monter la côte, confondus avec le peuple. Murât, pour les mieux voir, se leva, quitta le grand chemin et monta dans un champ d'oliviers, d'où l'œil embrassait comme d'un promontoire la ville , la mer, la plage et les sinuosités de la rampe. Il s'obstina là, malgré les instances de ses guides, à attendre le second détachement de canonniers et la foule qui les entourait,

A ce moment , un colonel de gendarmerie royale , à cheval et en uniforme , parut sur la route , à la hauteur du monticule où le roi reposait en observant les mouvements de la plage. C'était un chef de bandes calabraises, fameux dans les guerres de partisans de ces provinces contre les Français, agent de la reine Caroline et du cardinal Ruffo , longtemps aventurier des montagnes et devenu commandant des sbires réguliers de Monteleone depuis la restauration du roi Ferdinand. Son nom était Trenta Capelli. Le colonel s'arrêta au milieu du groupe d'officiers et de soldats qui stationnaient en attendant le roi sur la route. •

Murât l'appela et le somma de se joindre à lui. Le

Page 1