‹ Histoire de la RestaurationChapitre 127 sur 193 · LIVRE TRENTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE ET UNIÈME

sang de trois frères de Tïenta Capelli, versé sur les échafauds par les Français, dans les insurrections des Calabres, lui défendait de se joindre aux meurtriers de sa famille. Il ne témoigna, néanmoins, aucune répulsion trop vive aux insinuations du roi , et se contenta de lui dire , en lui montrant de la main le drapeau des Deux-Siciles sur le château du Pizzo : « Mon roi est celui dont les » couleurs flottent sur le royaume ! » Murât, au lieu de le retenir par force , causa avec lui et le laissa continuer son chemin vers la ville.

Trenta Capelli avait à peine abordé le peuple et les canonniers montant vers le roi, qu'il revint avec eux, s'avança à quelques pas devant sa troupe, interpella Murât et l'engagea respectueusement à le suivre au Pizzo. Murât, encore trompé ou feignant de l'être, sur les intentions de la foule armée qui s'avançait vers les siens, redescendit avec Trenta Capelli sur la route, entouré des généraux Franceschetti , Natali, de ses officiers qui le conjuraient en vain de se dérober à ce peuple et de marcher sur Monteleone.

« Mes enfants, dit-il à la foule , ne tirez pas sur votre » ancien roi ! Je ne suis pas débarqué dans les Calabres » pour vous combattre, mais pour me rendre à Monte- » leone et pour y demander l'assistance des autorités afin » de poursuivre ma navigation vers ïrieste , où je dois » rejoindre ma femme et mes enfants ! Si vous aviez » voulu m'entendre sur la plage du Pizzo, vous auriez vu

» que j'ai des sauf - conduits pour les États autrichiens, » que votre roi Ferdinand lui-même doit reconnaître et » respecter. »

La foule ne répondant que par ses cris, ses fusils en joue et son élan accéléré aux paroles perdues de Murât, il se rejeta rapidement au milieu de ses vingt-huit soldats restés à quelques pas en arrière pour intimider la multitude par leur contenance. Une décharge confuse de la foule et des canonniers éclate sur le groupe du roi, renverse mort à ses pieds le capitaine Maltedo, blesse le lieutenant Pernice et plusieurs autres soldats de sa suite. Murât n'y répond qu'en élevant son chapeau, en saluant le peuple et en le conjurant de l'écouter. Une seconde décharge décime ses rangs. La multitude armée s'accumuJe sur la route et s'étend sur les flancs pour couper au roi le retour vers la mer.

Il n'a déjà plus d'autre asile sur cette terre qu'il voulait conquérir, que les bâtiments qui l'y ont apporté. Il s'élance , suivi de Franceschetti , de Natali , de huit ou dix sous-officiers , à travers champs vers le rivage. Il reçoit, sans être atteint, le feu de quelques carabines, et parvient , à travers les tirailleurs intimidés , jusqu'à la plage. Du haut d'un écueil qui s'avance dans la mer, il appelle à grands cris : Barbara, Barbara ! conjurant ce commandant de son bâtiment de lui envoyer une embarcation et de se rapprocher du rivage. Mais déjà le bâtiment , qui avait levé l'ancre aux coups de feu retentissant sur la rade , fuyait vers la pleine mer, emportant avec les proclamations, les armes, l'or et les munitions du roi, son dernier refuge et sa vie !

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