LIVRE TRENTE ET UNIEME
Deux fois, pendant le trajet de la plage à la prison, la fureur du peuple menaça le roi, et la hache fut levée sur sa tête. Trenta Capelli et l'agent du duc de l'Infantado, satisfaits d'une si illustre proie et ne voulant pas souiller leur succès par un crime, le protégèrent contre les poignards de la populace, firent rougir les assassins de leur lâcheté , et placèrent des volontaires et des soldats aux portes du château pour préserver les victimes.
Le roi fut jeté sur un peu de paille dans la même salle yoùtée où ses campagnons morts ou blessés jonchaient de leur sang les dalles du vaste cachot. Trenta Capelli fit fouiller ses vêtements. On s'empara de ses passe-ports, de ses diamants, de l'or qu'il portait sur lui, d'une lettre de crédit d'un million et demi qu'il avait sur un banquier de Naples, et de la proclamation imprimée qu'il avait rédigée à Vescovato et qu'il comptait répandre dans le royaume.
Cette proclamation , longue , diffuse, pleine de sophismes auxquels le peuple est peu accessible , respirait plus le diplomate que le soldat. C'était plutôt une justification de son entreprise devant l'Europe qu'un appel sympathique aux Napolitains. On n'y retrouvait le cœur humain que dans quelques phrases faisant allusion aux vicissitudes de sa destinée.
« Je vivais solitaire, disait-il, dans un de ces modestes » a iles que l'on trouve plus souvent chez les pauvres » vertueux ; là je bravais le poignard des assassins du
» Midi, de ces cannibales qui, dans toutes les époques de » la révolution française , se sont baignés dans le sang » de leurs compatriotes. J'étais décidé à attendre dans » ma retraite la fin de cette fièvre contre-révolutionnaire » qui dévore la France, pour venir chercher dans vos » cœurs un asile contre mes disgrâces et contre la per- » sédition la plus inouïe, la plus injuste, quand je fus » forcé de m'éloigner ! . . . » Cette proclamation finissait par la promesse d'un règne de paix et d'une constitution , résipiscence ordinaire et tardive de tous les princes qui ont fatigué le monde de guerre et de tyrannie.
Des insultes et des menaces retentissaient encore dans les cours du château et dans le cachot des prisonniers , dans la bouche de quelques fanatiques de vengeance et de sang ; mais le plus grand nombre des soldats et des volontaires respectaient l'infortune après la victoire, et témoignaient au roi les égards et les respects compatibles avec la captivité.
Murât n'avait pas semé de haine personnelle contre lui pendant son règne aussi humain dans la paix que brave et généreux dans la guerre. Il n'avait versé de sang que dans les combats. Etre admiré et être aimé, c'était toute sa vie. Une fois qu'on l'avait désarmé , on ne pouvait plus le haïr. L'agent des Infantado, Alcalas, envoya au château un repas pour le roi, des secours poulies blessés, des matelas, du linge, des vêtements, des rafraîchissements et des consolations de toute espèce. Il