‹ Histoire de la RestaurationChapitre 131 sur 193 · LIVRE TRENTE ET UNIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE ET UNIEME

indigne de lui , par le soin de sa sûreté qui avait besoin de murailles et de soldats pour être à l'abri d'insultes. Des chirurgiens appelés de Monteleone donnèrent des secours aux blessés. La nuit se passa entre les gémissements des mourants et les silencieuses réflexions du roi sur son sort.

Le lendemain, le général Nunziante le conduisit dans un appartement du château, séparé des prisons et préparé plus convenablement pour le recevoir. Le visage du général témoignait plus d'anxiété que celui de son captif. Il commençait à pressentir en secret les ordres sinistres partis de Naples. Il prenait ses repas à la table du roi avec les deux généraux Franceschetti et Natali , compagnons volontaires du roi dans sa nouvelle prison. L'entretien roulait sur les guerres # passées, sur l'état du royaume et de l'Europe, sur les résolutions probables que prendrait le roi Ferdinand à l'égard de son compétiteur et de son captif. Le roi affectait la confiance dans la générosité de son ennemi et dans l'inviolabilité de sa propre vie, désormais sans danger pour le royaume. Nunziante n'osait lui révéler toutes ses appréhensions; soigneux > néanmoins , de ne pas lui laisser une sécurité trop entière, dont la chute serait trop subite et trop cruelle pour son âme. Il lui parla avec inquiétude d'une première dépêche télégraphique interrompue par les brumes et par la nuit, qu'il avait reçue dans la. matinée. Cette dépêche portait : «Une dépêche m'annonce.... * Vous le consi* » g lierez »

La journée s'écoula dans l'attente d'une dépêche ou d'un courrier achevant l'ordre tronqué de la veille. Le roi reçut la visite d'un capitaine de frégate anglais , qui proposait à Nunziante de transporter son prisonnier à Tropea, petite ville de la côte, où il serait logé plus décemment et gardé plus sévèrement contre les émotions de la populace qu'au Pizzo. Nunziante n'osa confier le captif dont il répondait, sans une autorisation de sa cour, à un vaisseau anglais et au hasard de la mer. Le soir il témoigna, en dînant avec le roi , de nouvelles inquiétudes sur le sens de la dépêche suspendue : « J'espère cepen- » dant , dit-il au roi , que le sens était de remettre Votre » Majesté à la flottille anglaise, et de la faire transporter » à Messine pour y attendre la décision des puissances » alliées. »

« Mais, général, dit Murât avec un sourire qui préju- » geait d'avance la réponse, si cependant une dépêche » télégraphique vous ordonnait de me remettre à une » commission militaire, le feriez-vous? »

Nunziante répondit qu'il n'ohéirait à un pareil ordre que s'il l'avait reçu du roi Ferdinand lui-même, par un courrier porteur de sa volonté écrite ; mais que de pareils ordres n'étaient pas à redouter de la bonté de cœur et de la générosité de Ferdinand. Murât, rassuré et serein, se leva de table, se coucha avec tranquillité d'esprit, et se fit lire avant le sommeil, par Natali, une tragédie de Métastase dont le dénoûment avait quelque analo-

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