‹ Histoire de la RestaurationChapitre 133 sur 193 · XLVI.L · texte numérisé non relu

XLVI.L

Cependant la cour de Naples avait reçu, d'abord par le télégraphe de Monteleone , puis par un courrier de Nunziante, la nouvelle du débarquement et de l'arrestation de Joachim au Pizzo. L'ombre même de Murât, l'écho seul de son nom , populaire encore dans l'armée , prestigieux pour la capitale, provocateur pour les provinces et pour l'Italie, avait jeté la cour et le gouvernement dans un trouble précurseur de lâches et sinistres résolutions. Dans les cours , dans les partis , comme dans le peuple , la peur pousse aux férocités. L'âme des rois, des ministres , des grands , est faite comme celle de la populace ; la panique la jette dans le sang.

Le cœur de Ferdinand n'était pas cruel. Souverain emmaillotté dès son enfance dans les indolences , dans les voluptés, dans les superstitions populaires de ces trônes du Midi; familier jusqu'à la trivialité avec les lazzaroni de la plage de Naples ; passionné pour la pêche, pour la

chasse, pour les femmes; gouverné jusqu'alors par une reine impérieuse et vindicative qui venait de mourir; livré à des maîtresses, intimidé par le clergé, servi par des ministres plus rois que lui ; homme d'esprit cependant, mais de cet esprit trivial et inactif qui joue avec les choses et qui rit de soi-même, il était sur le trône depuis soixante ans. Son peuple le méprisait et l'aimait à la fois. Ses infortunes , ses longs exils en Sicile, son âge et ses bonnes intentions, le rendaient cher en ce moment aux Napolitains. De grandes cruautés avaient signalé son règne en 1799; mais ce sang attribué à sa femme, au cardinal Euffo, à l'amiral Nelson, à lady Hamilton, favorite de la reine et maîtresse de ce grand soldat , ne retombait pas sur le roi. Rien de sinistre ne pouvait émaner de cette âme sans ressort pour le crime , comme sans constance pour la vertu.

Mais il était plus accessible à la crainte qu'à la vertu. Sa cour trembla autour de lui. Ses ministres , et surtout Medici, âme jeune, éclairée, philosophique, penchèrent d'abord pour la magnanimité, seule vraie prudence contre les factions déconcertées. Mais pour complaire aux peurs de la cour, de qui ils dépendaient, ils en témoignèrent eux-mêmes au delà de l'événement. On craignit ou on affecta de croire à des ramifications du complot dans la capitale et dans les provinces. On doubla les postes du palais, on sillonna les rues de patrouilles, on fit marcher un corps d'armée sur Naples et sur les Calabres. L'ima-

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