LIVRE TRENTE ET UNIÈME
gination du roi et de ses familiers s'assombrit comme dans un péril suprême. On ne voulut pas voir qu'une tentative de cette nature, échouée à son premier pas, contre la fidélité du peuple lui-même et contre le bon sens public, était la meilleure garantie de sécurité pour le royaume, et, pour le roi, la plus belle occasion de grandeur d'âme et de défi à l'usurpation sans péril.
Les conseils succédèrent aux conseils, les résolutions aux résolutions. Quand la cour tremblait, nul n'osait se montrer rassuré. L'ordre féroce et inutile d'immoler un prisonnier sans défense partit du palais du roi le 9 octobre dans la nuit, vingt-quatre heures après que le roi détrôné, jeté presque malgré lui à la côte par la mer, avait mis le pied sur le sol du royaume, vaincu , insulté, enchaîné par le peuple qu'il venait provoquer. Honte gratuite sur la cour de Naples et sur ses conseillers. En dérobant une goutte de sang au hasard qui la leur livrait, les conseils déshonoraient deux trônes, ensanglantaient la main d'un vieillard dans Ferdinand , contestaient le retour naturel de l'antique dynastie dans ses États, donnaient au vieux droit monarchique, qui se défend par sa paternité , l'apparence d'une force révolutionnaire, tuaient un héros désarmé, et jetaient un intérêt de peur sur sa tombe. On eut dit dans ce siècle que le roi avait juré de se détrôner, tantôt par la faiblesse, tantôt par la folie, tantôt par la vengeance !
Quoi qu'il en soit, Tordre partit, et le prince de Ganosa, instrument implacable des conjurations, des polices, des réactions, des émigrés de la cour de Sicile, partit en même temps, chargé de surveiller, de purifier ou de fanatiser la Calabre, où il avait des intelligences
dans les conciliabules de la contre-révolution. Cet ordre portait :
« Le général Murât sera traduit devant une commis- » mission militaire dont les membres seront nommés par » notre ministre de la guerre.
» Il ne sera accordé au condamné qu'une demi-heure » pour recevoir les secours de la religion.
» Ferdinand, »
Ainsi l'ordre du jugement n'admettait pas même l'hypothèse d'un acquittement. Les conditions de l'exécution devançaient l'arrêt. Le jugement du Pizzo rappelait celui de Vincennes contre le duc d'Enghien.
Ce fut une consolation pour Murât, à cette heure suprême , de ne pas reconnaître une représaille de la Providence dans les formes du décret de Ferdinand , et d'avoir protesté contre l'assassinat du fils des Gondé , aussi malheureux et plus innocent que lui !
Nunziante, qui avait reçu ce décret dans la nuit du 12, ne voulut pas retrancher des heures qui restaient au roi le sommeil qui abrégeait du moins son agonie. Il entra, s'assit au pied du lit de son prisonnier, pleura silencieusement sur lui , et attendit que Murât s'éveillât de luimême. Le soleil éclairait déjà depuis longtemps la tête assoupie du prisonnier. En ouvrant les yeux, Murât aperçut le visage en pleurs du général. Il comprit sans paroles. Cependant Nunziante, après lui avoir serré ten-