‹ Histoire de la RestaurationChapitre 137 sur 193 · LIVRE TRENTE ET UNIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE ET UNIEME

l'embrassa aussi pour que sa famille y retrouvât l'impression de sa bouche, et enfermant les cheveux humides dans la lettre , il la remit avec la plus ardente recommandation à Nunziante.

lu.

Le capitaine Starace, qu'on lui avait désigné pour défenseur officieux, entra, déguisant mal une émotion qui se révélait par ses larmes. Il conjura Murât de lui permettre de le défendre devant la commission militaire. Murât reprit, à ces mots, le langage et l'attitude martiale de son rôle de roi. « Non, ce sont mes sujets, ce ne » sont pas mes juges, dit-il à Starace; les rois ne sont pas » justiciables de leurs sujets, pas même des autres rois, » car les trônes rendent égaux les rois entre eux ! Veut- » on me juger à d'autres titres ? Gomme maréchal de » France? Il faut un conseil de maréchaux. Comme gé- » néral ? Il faut un conseil de généraux. Avant de me » contraindre à reconnaître un tribunal comme celui » qu'on m'impose , il faudrait arracher bien des pages à » l'histoire de l'Europe ! Vous ne pouvez pas sauver ma » vie ! Ceux qui vont prononcer sur mon sort ne sont » pas mes juges, mais mes bourreaux. Sauvons du » moins en moi l'honneur de la royauté ! » Starace fut contraint d'obéir à l'inflexible volonté de son client.

L'officier rapporteur se présenta pour interroger l'accusé. « Vous n'aurez de moi qu'une réponse, dit l'accusé: » je suis Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles ! Sor- » tez ! »

Délivré des soins de sa défense et de la présence de ses

juges, qui délibéraient de l'autre côté de la muraille et qui rédigeaient sa condamnation, il s'entretint avec une impassible liberté d'esprit avec les officiers commis à sa garde et debout à la porte de sa chambre. « J'aurais cru, o dit-il avec dédain, le roi Ferdinand plus grand. Si le » sort l'avait mis à ma place , et moi à la sienne , et s'il » avait débarqué dans mes provinces, je n'aurais pas » abusé du sort des armes en le faisant immoler !... » Puis remontant par la pensée le cours de sa carrière, il parlait avec satisfaction de la douceur et de la prospérité de son règne à Naples , des grâces qu'il avait accordées , du sang qu'il avait épargné, des améliorations de tout genre dont il s'était efforcé de doter le royaume; de l'armée, de la gloire qu'il avait répandue sur elle en l'associant aux exploits de l'armée française ; des sacrifices personnels qu'il avait faits de ses trésors rapportés d'Allemagne pour l'embellissement de sa capitale, et du dénûment absolu de fortune dans lequel il laissait les siens après lui !...

« C'est là ma gloire, c'est là ma consolation à mes der- » niers moments, disait-il ; je jure que j'ai fait tout le » bien qu'il était en ma puissance de faire au pays , ja- » mais le mal qu'aux méchants ! Au Pizzo , cependant , » on se réjouit de mon malheur, on me hait! Qu'ai-je » donc fait pour être haï ?» — Puis, remontant plus haut encore pour rechercher la cause de l'animadversion des hommes contre lui, et se rappelant le meurtre du duc d'Enghien, dont on l'avait si injustement accusé d'avoir été complice : « Est-ce la tragédie du duc d'Enghien , s'é- » cria-t-il comme en sursaut, que Ferdinand venge sur » moi maintenant par une semblable tragédie ! Je jure à

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